SCÈNE IV
BLANFORD, ADINE, COLETTE.
BLANFORD.
Voyons une âme au seul devoir soumise, Qui pour moi seul, par un sage retour, Renonce au monde en faveur de l'amour, Et qui sait joindre à cette ardeur flatteuse Une vertu modeste et scrupuleuse.
Méritez bien de lui plaire.
ADINE
Avec soin De sa vertu je veux être témoin; En la voyant je puis beaucoup m'instruire.
BLANFORD.
C'est très-bien dit; je prétends vous conduire.
En vous voyant du monde abandonné,
Je trouve un fils que le sort m'a donné.
Sans vous aimer on ne peut vous connaître.
Vous êtes né trop flexible peut-être;
Rien ne sera plus utile pour vous
Que de hanter un esprit sage et doux,
Dont le commerce en votre âme affermisse
L'honnêteté, l'amour de la justice,
Sans vous ôter certain charme flatteur
Que je sens bien qui manque à mon humeur.
Une beauté qui n'a rien de frivole
Est pour votre âge une excellente école :
L'esprit s'y forme, on y règle son cœur;
Sa maison est le temple de l'honneur.
ADINE
Eh bien! allons avec vous dans ce temple; Mais je suivrai bien mal son rare exemple, Soyez-en sur.
BLANFORD.
Et pourquoi?
j'aurais pu Auprès de vous mieux goûter la vertu; Quoique la forme en soit un peu sévère, Le fond m'en charme et vous m'avez su plaire; Mais pour Dorfise...
BLANFORD, en allant à la porte de Dorfise. Ah ! c'est trop se flatter Que de vouloir tout d'un coup l'imiter; Mais croyez-moi, si l'honneur vous domine, Voyez Dorfise, et fuyez sa cousine.
(Il veut entrer.) COLETTE, sortant de la maison, et refermant la porte. (Il heurte.) On n'entre point, monsieur.
BLANFORD.
Moi !
COLETTE
Non.
BLANFORD.
Comment ?
Moi refusé?
COLETTE
Dans son appartement Pour quelque temps madame est en retraite.
BLANFORD.
J'admire fort cette vertu parfaite, Mais j'entrerai.
COLETTE
Mais, monsieur, écoutez.
Sans écouter, entrons vite.
(Il entre.)
COLETTE
Arrêtez.
ADINE
Hélas ! suivons, et voyons quelle issue Aura pour moi cette étrange entrevue.