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SCÈNE IX

DORFISE, COLETTE.

DORFISE, revenant, conduisant de l'œil Adine, qui la regarde.

« J'aime, » dit-il; quel mot! Ce beau garçon Déjà pour moi sent de la passion !

11 parle seul, me regarde, s'arrête; Et je crains fort d'avoir tourné sa tète.

Avec tendresse il lorgne vos appas.

DORFISE.

Est-ce ma faute? ah! je n'y consens pas.

COLETTE

Je le crois bien, le péril est trop proche :

Du bon Blanford je crains pour vous l'approche.

Je crains surtout le courroux impoli

De Bartolin.

DORFISE, en soupirant.

Que ce Turc est joli !

Le crois-tu Turc? crois-tu qu'un infidèle Ait l'air si doux, la figure si belle? Je crois, pour moi, qu'il se convertira.

COLETTE

Je crois, pour moi, que dès qu'on apprendra Qu'à Bartolin vous êtes mariée, Votre vertu sera fort décriée, Ce petit Turc de peu vous servira, Terriblement Blanford éclatera.

DORFISE.

Va, ne crains rien.

COLETTE

J'ai dans votre prudence Depuis longtemps entière confiance :

Mais Bartolin est un brutal jaloux; Et c'est bien pis, madame, il est époux. Le cas est triste; il a peu de semblables. Ces deux rivaux seraient fort intraitables.

•le prétends bien les éviter tous deux.

J'aime la paix : c'est l'objet de mes vœux, C'est mon devoir; il faut en conscience Prévoir le mal, fuir toute violence, Et prévenir le mal qui surviendrait Si mon état trop tôt se découvrait.

J'ai des amis, gens de bien, de mérite.

COLETTE

Prenez conseil d'eux.

DORFISE.

Ahl oui; prenons vite.

COLETTE

Eh bien! de qui?

DORFISE.

Mais de cet étranger, De ce petit... là... tu m'y fais songer.

COLETTE

Lui, des conseils? lui, madame, à son âge? Sans barbe encore?

DORFISE.

Il me parait fort sage, El, s'il est tel, il le faut écouter.

Les jeunes gens sont bons à consulter : Il me pourrait procurer des lumières Qui donneraient du jour à mes affaires, Et tu sens bien qu'il faut parler d'abord Au jeune ami du bon monsieur Blanford.

Oui, lui parler parait fort nécessaire.

DORFISE, tendrement et d'un air embarrassé. Et comme à table on parle mieux d'affaire, Conviendrait-il qu'avec discrétion Il vînt diner avec moi?

COLETTE

Tout de bon?

Vous qui craignez si fort la médisance !

DORFISE, d'un air fier.

Je ne crains rien : je sais comme je pense. Quand on a fait sa réputation, On est tranquille à l'abri de son nom. Tout le parti prend en main notre cause, Crie avec nous.

COLETTE

Oui, mais le monde cause.

DORFISE.

Eh bien! cédons à ce monde méchant; Sacrifions un diner innocent; N'aiguisous point leur langue libertine.

Je ne veux plus parler au jeune Adine : Je ne veux point le revoir... Cependant Que peut-on dire, après tout, d'un enfant? A la sagesse ajoutons l'apparence, Le décorum, l'exacte bienséance.

De ma cousine il faut prendre le nom, Et le prier de sa part

COLETTE

Pourquoi non?

C'est très-bien dit: une femme mondaine N'a rien à perdre; on peut, sans être en peine, Dessous son nom mettre dix billets doux,

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