‹ Théâtre completChapitre 1204 sur 1720 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

BARTOLIN, DORFISE, MADAME BURLET.

MADAME BURLET, à Bartolin.

Quel vacarme !

Quoi ! pour un rien votre esprit se gendarme? Faut-il ainsi sur un petit soupçon Faire pleurer ses amis?

BARTOLIN.

Ah ! pardon.

Je l'avoûrai, je suis honteux, mesdames, D'avoir conçu de ces soupçons infâmes; Mais l'apparence enfin dut m'alarmer.

En vérité, pouvais-je présumer Que ce jeune homme à ma vue abusée Fût une fille en garçon déguisée?

DORFISE, à part.

En voici bien d'une autre.

MADAME BURLET.

Tout de bon?

Madame a pris fille pour un garçon!

BARTOLIN.

La pauvre enfant est encor tout en larmes : En vérité, j'ai pitié de ses charmes.

Mais pourquoi donc ne me pas avertir De ce qu'elle est? pourquoi prendre plaisir A m'éprouver, à me mettre en colère?

DORFISE, à part,

Ohl oh! le drôle a-t-il pu si bien faire

Qu'à Bartolin il ait persuadé

Qu'il était fille, et se soit évadé?

Le tour est bon. Mon Dieu, l'enfant aimable!

(A Bartolin.) Que l'amour a d'esprit ! Homme haïssable ! Eh bien ! méchant, réponds, oseras-tu Faire un affront encore à la vertu?

La pauvre fille, avec pleine assurance,

Me confiait son aimable innocence ; Madame sait avec combien d'ardeur Je me chargeais du soin de son honneur. Il te faudrait une franche coquette, Je te l'avoue, et je te la souhaite.

J'éclaterai : je me perds, je le sai ; Mais mon contrat sera, ma foi, cassé.

BARTOLIN.

Je sais qu'il faut qu'en cas pareil on crie ;

(A Dorfise.) Mais criez donc un peu moins, je vous prie.

(A Madame Burlet.) Accordons-nous... Et vous, par charité, Que tout ceci ne soit point éventé.

J'ai cent raisons pour cacher ce mystère.

DORFISE, à Madame Burlet.

Vous me sauvez, si vous savez vous taire ; N'en parlez pas au bon monsieur Blanford.

MADAME BURLET.

Moi? volontiers.

BARTOLIN.

Vous m'obligerez fort.

DORFISE, MADAME BURLET, BARTOLIN, COLETTE.

COLETTE

Blanford est là qui dit qu'il faut qu'il monte.

DORFISE.

0 contre-temps qui toujours me démonte!

(A Bartolin.)

Laissez-moi seule, allez le recevoir.

BARTOLIN.

Mais...

DORFISE.

Mais, après ce que l'on vient de voir, Après l'éclat d'une telle injustice, Il vous sied bien de montrer du caprice ! Obéissez, faites-vous cet effort.

Page 1