LA PRUDE, ACTE IV, SCENE II
Quoi! vous pensez qu'un jeune homme en effet Se soit caché là dans ce cabinet?
MADAME BURLET. «*
Assurément je le pense, ma chère.
DORFISE.
Quand mon mari vous a dit le contraire?
MADAME BURLET.
Apparemment que ton mari futur A cru la chose, et n'a pas l'œil bien sur : N'avez-vous pas ici conté vous-même Qu'un beau garçon ..?
DORFISE. -
L'extravagance extrême!
Qui? moi ? jamais! Moi, je vous aurais dit... A ce point-là j'aurais perdu l'esprit!
Ah! ma cousine, écoutez, prenez garde : Quand follement la langue se hasarde A débiter des discours médisants, Calomnieux, inventés, outrageants, On s'en repent bien souvent dans la vie.
MADAME BURLET.
11 est bon là! moi, je te calomnie!
DORFISE.
Assurément; et j,e vous jure ici...
MADAME BURLET.
Ne jure pas.
DORFISE.
Si fait, je jure.
MADAME BURLET.
Eh fi !
Va, mon enfant, de toute cette histoire Je ne croirai que ce qu'il faudra croire. Prends un mari, deux même, si tu veux, Et trompe-les, bien ou mal, tous les deux; Fais-moi passer des garçons pour des filles; Avec cela gouverne vingt familles Et donne-toi pour personne de bien; Tiens, tout cela ne m'embarrasse en rien. J'admire fort ta sagesse profonde :
Tu mets ta gloire à tromper tout le monde, Je mets la mienne à m'en bien divertir; Et, sans tromper, je vis pour mon plaisir. Adieu, mon cœur; ma mondaine faiblesse Baise les mains à ta haute sagesse.