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LA PRUDE, ACTE IV, SCÈNE III

Votre captif et votre chevalier ; Faut-il pour vous batailler, ferrailler?

Malgré votre âme à mes désirs revécue, Me voilà prêt; parlez, je me dépèche.

DORFISE.

Est-il bien vrai que j'ai su vous charmer? Et m'aimez-vous, lày comme il faut aimer?

LE CHEVALIER MONDOR

Oui ; mais cessez d'être si respectable. La beauté plaît, mais je la veux traitable. Trop de vertu sert à faire enrager; Et mon plaisir, c'est de vous corriger.

DORFISE.

Que pensez-vous de notre jeune Adine ?

LE CHEVALIER MONDOR

Moi ! rien : je suis rassuré par sa mine. Hercule et Mars n'ont jamais à trente ans Pu redouter des Adonis enfants.

DORFISE.

Vous me plaisez par cette confiance ; Vous en aurez la juste récompense.

Peut-être on dit qu'en un secret lien Je suis entrée : il n'en faut croire rieu. De cent amants lorgnée et fatiguée, Vous seul enfin vous m'avez subjuguée.

LE CHEVALIER MONDOR

Je m'en doutais.

Je veux par de saints nœuds Vous rendre sage et, qui plus est, heureux.

LE CHEVALIER MONDOR

Heureux ! Allons, c'est assez ; la sagesse Ne me va pas, mais notre bonheur presse.

DORFISE,

D'abord j'exige un service de vous.

LE CHEVALIER MONDOR

Fort bien, parlez tout franc à votre époux.

DORFISE.

Il faut ce soir, mon très-cher, faire en sorte Que la cohue aille ailleurs qu'à ma porte, Que ce Blanford, si fier et si chagrin, Et ma cousine, et son fat de Darmin, Et leurs parents, et leur folle séquelle, De tout le soir ne troublent ma cervelle. Puis à minuit un notaire sera Dans mon alcôve, et notre hymen fera : Vous y viendrez par une fausse porte, Mais point avant.

LE CHEVALIER MONDOR

Le plaisir me transporte.

Du sieur Blanford que je me moquerai ! Qu'il sera sot! que je l'atterrerai !

Que de brocards !

DORFISE.

Au moins sous ma fenêtre, Avant minuit, gardez-vous de paraître.

Allez-vous-en, partez, soyez discret.

Ah ! si Blanford savait ce grand secret !

DORFISE.

Mon Dieu! sortez, on pourrait nous surprendre.

LE CHEVALIER MONDOR

Adieu, ma femme.

DORFISE.

Adieu.

LE CHEVALIER MONDOR

Je vais attendre L'heure de voir, par un charmant retour, La pruderie immolée à l'Amour.

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