SCÈNE IX
BLANFORD, ADINE.
BLANFORD.
Demeure encore, Adine :
Tu m'as ému, ta douleur me chagrine.
Je sais que j'ai souvent un peu d'humeur; Mais tu connais tout le fond de mon cœur : Il est né juste, il n'est que trop sensible. Tu vois quel est mon embarras horrible. Aurais-tu bien le plaisir malfaisant De l'égayer à croître mon tourment?
Parle-moi vrai, mon fils, je t'en conjure.
ADINE
Vous êtes bon, mon àme est aussi pure. Je n'ai jamais connu jusqu'à présent, Je l'avoûrai, qu'un seul déguisement; Mais si mon cœur en un point se déguise, Je ne mens pas sur vous et sur Dorfise ; Je plains l'amour qui sur vos yeux distraits Mit dès longtemps un bandeau trop épais, Et je sens bien que l'amour peut séduire. Sur tout ceci tâchez de vous instruire; C'est l'amour seul qui doit tout réparer; Il vous aveugle, il doit vous éclairer.
(Il sort.)
BLANFORD.
Que veut-il dire? et quel est ce mystère?
Il faut, dit-il, que l'amour seul m'éclaire;
Il se déguise... il ne ment point!... Ma foi,
C'est un complot pour se moquer de moi.
Le chevalier, Darmin, et la cousine,
Et Bartolin, et le petit Adine,
Dorfise enfin, et Colette, et mon cœur,
Le monde entier redouble mon humeur.
Monde maudit, qu'à bon droit je méprise,
Ramas confus de fourbe et de sottise,
S'il faut opter, si, dans ce tourbillon,
Il faut choisir d'être dupe ou fripon,
Mon choix est fait, je bénis mon partage ;
Ciel, rends-moi dupe, et rends-moi juste et sage.