LA PRUDE, ACTE V, SCÈNE VIL
D0RF1SE.
Je veux qu'avec prudence Secrètement nous partions tous les deux, Pour éviter un éclat scandaleux ; Et que bientôt, quand d'ici je m'éloigne, Un lien sûr et bien serré nous joigne, Vn nœud sacré, durable autant que doux.
ADINE
Durable! allons. Mais de quoi vivrons-nous?
DORFISE.
Vous me charmez par cette prévoyance ; Ce qui me plaît en vous, c'est la prudence. Apprenez donc que ce guerrier Blanford, Héros en mer, en affaire un butor, Quand de Marseille il quitta les pénates Pour attaquer de Maroc les pirates, M'a mis en main très-cordialement Son cœur, sa foi, ses bijoux, son argent ; Commeje suis non moins neuve en affaire, L'autre mari s'en fit dépositaire :
Je vais reprendre et les bijoux et l'or; Nous en allons aider monsieur Blanford : C'est un bon homme, il est juste qu'il vive ; Partageons vite, et gardons qu'on nous suive.
ADINE
Et que dira le monde?
DORFISE.
Ah! ses éclats M'ont fait trembler lorsque je n'aimais pas. Je l'ai trop craint ; à présent je le brave: C'est de vous seul que je veux être esclave.
ADINE
Hélas! de moi?
DORFISE.
Je m'en vais sourdement Chercher ce coffre à tous deux important. Attends ici; je revole sur l'heure.