BRUTUS, VALÉRIUS, TITUS, MESSALA
VALÉRIUS
Seigneur, laites qu'on se retire.
BRUTUS, à son fils.
Cours, vole...
(Titus et Messala sortent.)
VALÉRIUS
On trahit Rome.
Ah! qu'en tends-je!
VALÉRIUS
On conspire.
Je n'en saurais douter: on nous trahit, seigneur. De cet affreux complot j'ignore encor l'auteur: Mais le nom deTarquin vient de se faire entendre, Et d'indignes Romains ont parlé de se rendre.
BRUTUS
Des citoyens Romains ont demandé des fers!
VALÉRIUS
Les perfides m'ont fui par des chemins divers; On les suit. Je soupçonne et Menas et Lélie, Ces partisans des rois et de la tyrannie, Os secrets ennemis du bonheur de l'État, Ardents à désunir le peuple et le sénat. Messala les protège; et, dans ce trouble extrême, J'oserais soupçonner jusqu'à Messala même, Sans l'étroite amitié dont l'honore Titus.
BRUTUS
Observons tous leurs pas; je ne puis rien de plus: La liberté, la loi, dont nous sommes les pères, Nous défend des rigueurs peut-être nécessaires : Arrêter un Romain sur de simples soupçons, C'est agir en tyrans, nous qui les punissons. Allons parler au peuple, enhardir les timides, Encourager les bons, étonner les perfides. Que les pères de Rome et de la liberté Viennent rendre aux Romains leur intrépidité; Quels cœurs en nous voyant ne reprendront courage? Dieux, donnez-nous la mort plutôt que l'esclavage î Que le sénat nous suive.