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LA FEMME QUI A RAISON, ACTE II, SCÈNE III

I Vient-il ici souvent ?

M. GRIPON.

Je sais que je ne puis comprendre Rien de ce que tu dis.

dam rs. Votre cœur n'est point tendre :

Vous ignorez les feux dont je suis consumé. Mon cher monsieur Gripon, vous n'avez point aimé.

M. GRIPON.

Si fait, si fait.

DAMIS

Comment? vous aussi, vous?

M. GRIPON.

Moi-même.

DAMIS

Vous concevez donc bien l'emportement extrême, Les douceurs...

M. GRIPON.

Eh ! oui, oui ; j'ai fait à ma façon L'amour un jour ou deux à madame Gripon; Mais cela n'était pas comme ta belle flamme, Ni tes discours de fou que tu tiens sur ta femme.

DAMIS

Je le crois bien : enfin vous me le pardonnez?

M. GRIPON.

Oui-da, quand les contrats seront faits et signés. Allons; avec ta mère il faut que je m'abouche : Finissons tout.

DAMIS

Ma mère en ce moment se couche.

M. GRIPON.

Quoi! ta mère?...

Approuvant le goût qui nous conduit.

Elle a dans notre bal dansé toute la nuit.

M. GRIPON-

Ta mère est folle.

DAMIS

Non; elle est très-respectable, Magnifique avec goût, douce, tendre, adorable.

M. GRIPON.

Écoute : il faut ici te parler clairement. Nous attendons ton père, il viendra promptement; Et déjà son commis arrive en diligence Pour régler sa recette ainsi que la dépense. 11 sera très-fàché. du train qu'on fait ici; Et tu comprends fort bien que je le suis aussi. C'est dans un, autre esprit que Phlipotte est nourrie. Elle a trente-sept ans, fille honnête, accomplie, Qui, seule avec mon fils, compose ma maison: L'été sans éventail et l'hiver sans manchon; Blanchit, repasse, coud, compte comme Barème, Et sait manquer de tout aussi bien que moi-môme. Prends exemple sur elle, afin de vivre heureux. Je reviendrai ce soir vous marier tous deux. Tu parais bon enfant, et ma fille est bien née; Mais, crois-moi, ta cervelle est un peu mal tournée : Il faut que la maison soit sur un autre pied. Dis-moi, ce grand flandrin qui m'a tant ennuyé, Qui toujours de côté me fait la révérence,

DAMIS

Oh ! fort souvent.

M. GRIPON.

Je pense Que, pour cause, il est bon qu'il ne revienne plus.

DAMIS

Nous suivrons sur cela vos ordres absolus.

M. GRIPON.

C'est très-bien dit. Mon gendre a du bon, et j'espère Morigéner bientôt cette tète légère :

Mais surtout plus de bal; je ne prétends plus voir Changer la nuit en jour et le matin en soir.

DAMIS

Ne craignez rien.

M. GRIPON.

Eh bien ! où vas-tu ?

DAMIS

Satisfaire Le plus doux des devoirs et l'ardeur la plus chère.

M. GRIPON, à part.

Il brille pour Phlipotte.

DAMIS

Après avoir dansé, Plein des traits amoureux dont mon cœur estblessé, Je vais, monsieur, je vais. ..me coucher.. .je me flatte Que ma passion vive autant que délicate Me fera peu dormir en ce fortuné jour, Et je serai longtemps éveillé par l'amour.

(Il l'embrasse.)

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