‹ Théâtre completChapitre 1302 sur 1720 · FABRICE, FRELON · texte numérisé non relu

FABRICE, FRELON

FRELON, dans un coin, auprès d'une table sur laquelle il ij a une écritoire et du café, lisant la gazelle. Que de nouvelles affligeantes! Des grâces répandues sur plus de vingt personnes! aucune sur moi! Cent guinées de gratification à un bas officier, parce qu'il a fait son devoir! le beau mérite! Une pension à l'inventeur d'une machine qui ne sert qu'à soulager des ouvriers ! une à un pilote ! Des places à des gens de lettres! et à moi rien! Encore, encore, et à moi rien! (Il jeiie la gazette et se promène.) Cependant je rends service à l'État; j'écris plus de feuilles que personne; je fais enchérir le papier... et à moi rien! Je voudrais me venger de tous ceux à qui on croit du mérite. Je gagne déjà quelque chose à dire du mal; si je puis parvenir à en faire, ma fortune est faite. J'ai loué des sots, j'ai dénigré les talents; à peine y a-t-il de quoi vivre. Ce n'est pas à médire, c'est à nuire qu'on fait fortune. (Au maître du café.) Bonjour, monsieur Fabrice, bonjour. Toutes les affaires vont bien, hors les miennes : j'enrage.

FABRICE

Monsieur Frelon, monsieur Frelon, vous vous faites bien des ennemi*.

1. C'est une plaisanterie de Vollaiic d'attribuer cette pièce à M. Hume.

FRELON

Oui, je crois que j'excite un peu d'envie.

FABRICE

Non, sur mon àme, ce n'est point du tout ce sentiment-là que vous faites naître; écoutez : j'ai quelque amitié pour vous; je suis fâché d'entendre parler de vous comme on en parle. Comment fai tes vous donc pour avoir tant d'ennemis, monsieur

C'est que j'ai du mérite, monsieur Fabrice.

FABRICE

Cela peut être, mais il n'y a encore que vous qui me l'ayez dit : on prétend que vous êtes un ignorant; cela ne me fait rien : mais on ajoute que vous êtes malicieux, et cela me fâche, car je suis bon homme.

FRELON

J'ai le cœur bon, j'ai le cœur tendre; je dis un peu de mal des hommes, mais j'aime toutes les femmes, monsieur Fabrice, pourvu qu'elles soient jolies; et, pour vous le prouver, je veux absolument que vous m'introduisiez chez cette aimable personne qui loge chez vous et que je n'ai pu encore voir dans son appartement.

FABRICE

Oh, pardi! monsieur Frelon, cette jeune personne-là n'est guère faite pour vous; car elle ne se vante jamais et ne dit de mal de personne.

FRELON

Elle ne dit de mal de personne, parce qu'elle ne connaît personne. N'en seriez-vous point amoureux, mon cher monsieur Fabrice?

FABRICE

Oh ! non : elle a quelque chose de si noble dans son air, que je n'ose jamais être amoureux d'elle : d'ailleurs sa \erlu...

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Je oaqne déjà quelque enose à dire du mal; si je puis parvenir à en faire , ma fortune est faite .

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