‹ Théâtre completChapitre 1304 sur 1720 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Le lord MONROSE, FABRICE, FRELON.

MONROSE

Vous êtes monsieur Fabrice, à ce que je crois?

FABRICE

A vous servir, monsieur.

Je n'ai que peu de jours à rester dans cette ville. 0 ciel! daigne m'y protéger... Infortuné que je suis!... On m'a dit que je serais mieux chez vous qu'ailleurs, que vous êtes un bon et honnête homme.

FABRICE

Chacun doit l'être. Vous trouverez ici, monsieur, toutes les commodités de la vie, un appartement assez propre, table d'hôte, si vous daignez me faire cet honneur, liberté de manger chez vous, l'amusement de la conversation dans le café. «

MONROSE

Avez-vous ici beaucoup de locataires?

FABRICE

Nous n'avons à présent qu'une jeune personne très-belle et très-vertueuse.

FRELON

Eh ! oui, très- vertueuse ! hé ! hé !

FABRICE

Qui vit dans la plus grande retraite.

MONROSE

La jeunesse et la beauté ne sont pas faites pour moi. Qu'on me prépare, je vous prie, un appartement où je puisse être en solitude... Que de peines!... Y a-t-il quelque nouvelle intéressante dans Londres?

FABRICE

M. Frelon peut vous en instruire, car il en fait; c'est l'homme du monde qui parle et qui écrit le plus, il est très-utile aux étrangers.

MONROSE, en se promenant.

Je n'en ai que faire.

FABRICE

Je vais donner ordre que vous soyez bien servi.

(// sort.)

FRELON

Voici un nouveau débarqué : c'est un grand seigneur, sans doute, car il a l'air de ne se soucier

de personne. Milord, permettez que je vous présente mes hommages et ma plume.

MONROSE

Je ne suis point milord; c'est être un sot de se glorifier de son titre, et c'est être un faussaire de s'arroger un titre qu'on n'a pas. Je suis ce que js suis : quel est votre emploi dans la maison?

FRELON

Je ne suis point de la maison, monsieur; je passe ma vie au café : j'y compose des brochures, des feuilles; je sers les honnêtes gens. Si vous avez quelque ami à qui vous vouliez donner des éloges, ou quelque ennemi dont on doive dire du mal, quelque auteur à protéger ou à décrier, il n'en coûte qu'une pistole par paragraphe. Si vous voulez faire quelque connaissance agréable ou utile, je suis encore votre homme.

MONROSE

Et vous ne faites point d'autre métier dans la ville?

Monsieur, c'est un très-bon métier.

MONROSE

Et on ne vous a pas encore montré en public* le cou décoré d'un collier de fer de quatre pouces de hauteur?

FRELON

Voilà un homme qui n'aime pas la littérature.

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