SCENE II
LINDANE, lady ALTON.
LINDANE
Eh! qui peut frapper ainsi ? et que vois-je ?
LADY ALTON
Connaissez-vous les grandes passions, mademoiselle?
LINDANE
Hélas! madame, voilà une étrange question.
LADY ALTON
Connaissez-vous l'amour véritable, non pas l'amour insipide, l'amour langoureux; mais cet amour-là, qui fait qu'on voudrait empoisonner sa rivale, tuer son amant et se jeter ensuite par la fenêtre?
LINDANE
Mais c'est la rage dont vous me parlez là.
LADY ALTON
Sachez que je n'aime point autrement, que je suis jalouse, vindicative, furieuse, implacable.
LINDANE
Tant pis pour vous, madame.
Répondez-moi; milord Murray n'est-il pas venu ici quelquefois?
LINDANE
Que vous importe, madame? et de quel droit venez-vous m'interroger? Suis-je une criminelle? Ètes-vous mon juge?
LADY ALTON
Je suis votre partie : si milord vient encore vous voir, si vous flattez la passion de cet infidèle, tremblez : renoncez à lui, ou vous êtes perdue.
LINDANE
Vos menaces m'affermiraient dans ma passion pour lui, si j'en avais une.
LADY ALTON
Je vois que vous l'aimez, que vous vous laissez séduire par un perfide; je vois qu'il vous trompe et que vous me bravez : mais sachez qu'il n'est point de vengeance à laquelle je ne me porte.
LINDANE
Eh bien! madame, puisqu'il est ainsi, je l'aime.
LADY ALTON
Avant de me venger, je veux vous confondre; tenez, connaissez le traître; voilà les lettres qu'il m'a écrites; voilà son portrait qu'il m'a donné. (Elle le donne à Lindane.)
LINDANE
Qu'ai-je vu, malheureuse!... Madame...
LINDANE, en rendant le portrait.
Je ne l'aime plus.
LADY ALTON
Gardez votre résolution et votre promesse; sachez que c'est un homme inconstant, dur, or-
L'ÉCOSSAISE, ACTE II, SCÈNE IV
gueilleux, que c'est le plus mauvais caractère...
LINDANE
Arrêtez, madame; si vous continuiez à en dire du mal, je l'aimerais peut-être encore. Vous êtes venue ici pour achever de m'ôter la vie; vous n'aurez pas de peine. Polly, c'en est fait; allons cacher la dernière de mes douleurs.
(Elles sortent.)