LES PRÉCÉDENTS, UN MESSAGER D'ÉTAT
LE MESSAGER
Vous vous appelez Fabrice?
FABRICE
Oui, monsieur; en quoi puis-je vous servir?
LE MESSAGER
Vous tenez un café et des appartements?
FABRICE
Oui.
LE MESSAGER
Vous avez chez vous une jeune Écossaise nommée Lindane?
FABRICE
Oui, assurément, et c'est notre bonheur de l'avoir chez nous.
FREEPORT.
Oui, elle est jolie et honnête. Tout le monde m'y l'ail songer.
LE MESSAGER
Je viens pour m'assurer d'elle de la part du gouvernement; voilà mon ordre.
FABRICE
Je n'ai pas une goutte de sang dans les veines.
MONROSE, a part.
Une jeune Écossaise qu'on arrête, et le jour même que j'arrive! Toute ma fureur renaît. 0 patrie! ô famille! Hélas!
FREEPORT.
On n'a jamais arrêté les filles par ordre du gouvernement : fi! que cela est vilain! vous êtes un grand brutal, monsieur le messager d'État.
FABRICE
Ouais, mais si c'était une aventurière, comme le disait notre ami Frelon! Cela va perdre ma maison.... me voilà ruiné. Cette dame de la cour avait ses raisons, je le vois bien.... Non, non, elle est très-honnête.
LE MESSAGER
Point de raisonnement, en prison, ou caution, c'est la règle.
FABRICE
Je me fais caution, moi, ma maison, mon bien, ma personne.
LE MESSAGER
Votre personne et rien, c'est la même chose ; votre maison ne vous appartient peut-être pas; votre bien, où est-il ? il faut de l'argent.
FABRICE
Mon bon monsieur Freeport, donnerai-je les cinq cents guinées que je garde, et qu'elle a refusées aussi noblement que vous les avez offertes ?
FREEPORT.
Belle demande! apparemment.... Monsieur le messager, je dépose cinq cents guinées, mille, deux
Très- volontiers, très-volontiers.
FABRICE
Tout le monde ne place pas ainsi son argent.
FREEPORT.
En l'employant à faire du bien, c'est le placer au plus haut intérêt.
Freeport et le messager vont compter de l'argent, et écrire au fond du café.)