‹ Théâtre completChapitre 1334 sur 1720 · LINDANE, POLLY · texte numérisé non relu

LINDANE, POLLY

LINDANE

C'en est fait, ma chère Polly, je ne reverrai plus milord Murray ; je suis morte pour lui.

POLLY

Vous rêvez, mademoiselle ; vous le reverrez dans quelques minutes. Il était ici tout à l'heure.

LINDANE

Il est ici, et il ne m'a point vue : c'est là le comble. 0 mon malheureux père! que ne suis-je partie plus tôt!

POLLY

S'il n'avait pas été interrompu par cette détestable milady Alton

LINDANE

Quoi! c'est ici même qu'il l'a vue pour me braver, après avoir été trois jours sans me voir, sans m'écrire ! Peut-on plus indignement se voir outrager? Va, sois sûre que je m'arracherais la vie dans ce moment, si ma vie n'était pas nécessaire à mon père.

POLLY

Mais, mademoiselle, écoutez-moi donc ; je vous jure que milord

LINDANE

Lui perfide! c'est ainsi que sont faits les hommes! Père infortuné, je ne penserai désormais qu'à vous.

POLLY

Je vous jure que vous avez tort, que milord n'est point perfide, que c'est le plus aimable homme du monde, qu'il vous aime de tout son cœur, qu'il m'en a donné des marques.

LINDANE

La nature doit l'emporter sur l'amour : je ne sais où je vais, je ne sais ce que je deviendrai; mais sans doute je ne serai jamais si malheureuse que je le suis.

POLLY

Vous n'écoutez rien : reprenez vos esprits, ma chère maîtresse; on vous aime.

LINDANE

Ah! Polly, es-tu capable de me suivre?

POLLY

Je vous suivrai jusqu'au bout du monde: mais on vous aime, vous dis-je.

LINDANE

Laisse-moi, ne me parle point de milord. Hélas ! quand il m'aimerait, il faudrait partir encore. Ce gentilhomme que tu as vu avec moi...

POLLY

Eh bien ?

LINDANE

Viens, tu apprendras tout : les larmes, les soupirs me suffoquent. Allons tout préparer pour notre départ.

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