MONROSE, LINDANE
MONROSE
Allons, ma chère fille, seul soutien, unique consolation de ma déplorable vie ! partons.
LINDANE
Malheureux père d'une infortunée! je ne vous abandonnerai jamais : cependant daignez souffrir que je reste encore.
MONROSE
Quoi ! après m'avoir si fort pressé vous-même de partir! après m'avoir offert de me suivre dans les déserts où nous allons cacher nos disgrâces! avezvous changé de dessein? avez-vous retrouvé et perdu en si peu de temps le sentiment de la nature?
LINDANE
Je n'ai point changé, j'en suis incapable... je vous suivrai... mais, encore une fois, attendez quelque temps; accordez cette grâce à celle qui vous doit des jours si remplis d'orages; ne me refusez pas des instants précieux,
Ils sont précieux, en effet, et vous les perdez : songez-vous que nous sommes à chaque moment en danger d'être découverts, que vous avez été ar-
jamais sentie, une espèce de trouble... je ne sais quoi de fort extraordinaire.
MONROSE, à Freeport.
Adieu, monsieur; nous partons le cœur plein de vos bontés : je n'ai jamais connu de ma vie un plus digne homme que vous; vous me faites pardonner au genre humain.
FREEPORT.
Vous partez donc avec cette dame? je n'approuve point cela; vous devriez rester. lime vient des idées qui vous conviendront peut-être: demeurez.