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LE DROIT DU SEIGNEUR, ACTE III, SCÈNE I

C'est d'enlever presto la fiancée,

De la conduire en quelque vieux château,

Quelque masure.

CHAMPAGNE

Oui, le projet est beau.

LE CHEVALIER

Un vieux château, vers la forêt prochaine, Tout délabré, que possède Dormène, Avec sa vieille...

CHAMPAGNE

Oui, c'est Laure, je crois.

LE CHEVALIER

Oui.

CHAMPAGNE

Cette vieille était jeune autrefois; Je m'en souviens, votre étourdi de père Eut avec elle une certaine affaire, Où chacun d'eux fit un mauvais marché.

Ma foi, c'était un maître débauché, Tout comme vous, buvant, aimant les belles, Les enlevant, et puis se moquant d'elles. Il mangea tout et ne vous laissa rien.

LE CHEVALIER

J'ai le marquis, et c'est avoir du bien; Sans nul souci je vis de ses largesses. Je n'aime point l'embarras des richesses : Est riche assez qui sait toujours jouir. Le premier bien, crois-moi, c'est le plaisir.

CHAMPAGNE

Eh! que ne prenez-vous cette Dormène?

Bien plus qu'Acanthe elle en vaudrait la peine; Elle est très-fraîche, elle est de qualité; Cela convient à votre dignité :

Laissez pour nous les filles du village.

Vraiment Dormène est un très-doux partage, C'est très-bien dit. Je crois que j'eus un jour, S'il m'en souvient, pour elle un peu d'amour; Mais, entre nous, elle sent trop sa dame; On ne pourrait en faire que sa femme.

Elle est bien pauvre, et je le suis aussi; Et pour l'hymen j'ai fort peu de souci. Mon cher Champagne, il me faut une Acanthe; Cette conquête est beaucoup plus plaisante : Oui, cette Acanthe aujourd'hui m'a piqué. Je me sentis, l'an passé, provoqué Par ses refus, par sa petite mine.

J'aime à dompter cette pudeur mutine.

J'ai deux coquins, qui font trois avec toi, Déterminés, alertes comme moi ; Nous tiendrons prêt à cent pas un carrosse Et nous fondrons tous quatre sur la noce. Cela sera plaisant; j'en ris déjà.

CHAMPAGNE

Mais croyez-vous que monseigneur rira ?

LE CHEVALIER

11 faudra bien qu'il rie]et que Dormène En rie eucor, quoique prude et hautaine, Et je prétends que Laure en rie aussi.

Je viens de voir, à cinq cents pas d'ici, Dormène et Laure, en très-mince équipage, Qui s'en allaient vers le prochain village, Chez quelque vieille : il faut prendre ce temps.

CHAMPAGNE

C'est bien pensé ; mais vos déportements Sont dangereux, je crois, pour ma personne.

LE CHEVALIER

Bon ! l'on se fâche, on s'apaise, on pardonne. Tous les gens gais ont le don merveilleux De mettre en train tous les gens sérieux.

CHAMPAGNE

Fort bien.

LE CHEVALIER

L'esprit le plus atrabilaire Est subjugué quand on cherche à lui plaire. On s'épouvante, on crie, on fuit d'abord, Et puis l'on soupe, et puis l'on est d'accord.

CHAMPAGNE

On ne peut mieux ; mais votre belle Acanthe Est bien revêche.

LE CHEVALIER

Et c'est ce qui m'enchante.

La résistance est un charme de plus; Et j'aime assez une heure de refus.

Comment souffrir la stupide innocence D'un sot tendron faisant la révérence, Baissant les yeux, muette à mon aspect, Et recevant mes faveurs par respect ?

Mon cher Champagne, à mon dernier voyage, D'Acanthe ici j'éprouvai le courage.

Va, sous mes lois je la ferai plier.

Rentre pour moi dans ton premier métier, Sois mon trompette et sonne les alarmes ; Point de quartier, marchons, alerte, aux armes, Vite.

CHAMPAGNE

Je crois que nous sommes trahis ; C'est du secours qui vient aux ennemis : J'entends grand bruit, c'est monseigneur.

LE CHEVALIER

N'importe.

Sois prêt ce soir à me servir d'escorte.

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