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LE DROIT DU SEIGNEUR, ACTE III, SCÈNE VI

Les plus grands soins : comptez sur ma promess?. Mais est-il vrai qu'il vous donne un époux Qui, vous causant d'invincibles dégoûts, De votre hymen rend la chaîne odieuse ?j J'en suis fâché... Vous deviez être heureuse.

Ah! je le suis un moment, monseigneur,

En vous parlant, en vous ouvrant mon cœur;

Mais tant d'audace est-elle ici permise?

LE MARQUIS

Ne craignez rien, parlez avec franchise ; Tous vos secrets seront en sûreté.

ACANTHE

Qui douterait de votre probité ?

Pardonnez donc à ma plainte importune.

Ce mariage aurait fait ma fortune, Je le sais bien ; et j'avouerai surtout Que c'est trop tard expliquer mon dégoût ; Que, dans les champs élevée et nourrie, Je ne dois point dédaigner une vie Qui sous vos lois me retient pour jamais, Et qui m'est chère encor par vos bienfaits. Mais, après tout, Mathurin, le village, Ces paysans, leurs mœurs et leur langage, Ne m'ont jamais inspiré tant d'horreur; De mon esprit c'est une injuste erreur; Je la combats, mais elle a l'avantage.

En frémissant je fais ce mariage.

LE MARQUIS, approchant son fauteuil*

Mais vous n'avez pas tort.

ACANTHE, à genoux.

J'ose à genoux Vous demander, non pas un autre époux, Non d'autres nœuds, tous me seraient horribles; Mais que je puisse avoir des jours paisibles : Le premier bien serait votre bonté, Et le second de tous, la liberté.

LE MARQUIS, la relevant avec empressement. Eh! relevez-vous donc... Que tout m'étonne Dans vos desseins et dans votre personne,

(Ils s'approchent.) Dans vos discours, si nobles, si touchants, Qui ne sont point le langage des champs ! Je l'avouerai, vous ne paraissez faite Pour Mathurin ni pour cette retraite.

D'où tenez-vous, dans ce séjour obscur, Un ton si noble, un langage si pur?

Partout on a de l'esprit ; c'est l'ouvrage De la nature, et c'est votre partage : Mais l'esprit seul, sans éducation, N'a jamais eu ni ce tour ni ce ton, Qui me surprend... je dis plus, qui m'enchante.

ACANTHE

Ah ! que pour moi votre âme est indulgente ! Comme mon sort, mon esprit est borné.

Moins on attend, plus on est étonné.

LE MARQUIS

Quoi ! dans ces lieux la nature bizarre Aura voulu mettre une fleur si rare,

Et le destin veut ailleurs l'enterrer ! Non, belle Acanthe, il vous faut demeurer.

(// s'approche,) ACANTHE.

Pour épouser Mathurin?

LE MARQUIS

Sa personne Mérite peu la femme qu'on lui donne, Je l'avouerai.

ACANTHE

Mon père quelquefois Me conduisait tout auprès de vos bois, Chez une dame aimable et retirée, Pauvre, il est vrai, mais noble et vénérée, Pleine d'esprit, de sentiments, d'honneur : Elle a daigné m'aimer; votre faveur, Votre bonté peut me placer près d'elle. Ma belle-mère est avare et cruelle, Elle me hait; et je hais malgré moi Ce Mathurin qui compte sur ma foi.

Voilà mon sort, vous en êtes le maître; Je ne serai point heureuse peut-être; Je souffrirai ; mais je souffrirai moins En devant tout à vos généreux soins.

Protégez-moi; croyez qu'en ma retraite Je resterai toujours votre sujette.

LE MARQUIS

Tout me surprend. Dites-moi, s'il vous plaît, Celle qui prend à vous tant d'intérêt, Qui vous chérit, ayant su vous connaître. Serait-ce point Dormène?

ACANTHE

Oui.

LE MARQUIS

Mais peut-être...

Il est aisé d'ajuster tout cela.

Oui... votre idée est très-bonne... Oui, voilà Un vrai moyen de rompre avec décence Cet sot hymen, cette indigne alliance.

J'ai des projets... En un mot, voulez-vous Près de Dormène un destin noble et doux?

ACANTHE

J'aimerais mieux la servir, servir Laure, Laure si bonne, et qu'à jamais j'honore, Manquer de tout, goûter dans leur séjour Le seul bonheur de vous faire ma cour, Que d'accepter la richesse importune De tout mari qui ferait ma fortune.

Acanthe, allez... Vous pénétrez mon cœur : Oui, vous pourrez, Acanthe, avec honneur, Vivre auprès d'elle... et dans mon château même.

ACANTHE

Auprès de vous! ah! ciel!

LE MARQUIS s'approche un peu.

Elle vous aime; Elle a raison... J'ai, vous dis-je, un projet; Mais je ne sais s'il aura son effet.

Et cependant vous voilà fiancée,

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