TOUS ENSEMBLE
Le bon roi ! le grand roi !
Ce n'est pas tout; le pain Manquait dans cette ville, on y mourait de faim; Il la nourrit lui-même en l'assiégeant encore.
(Il tire son mouchoir et s'essuie les yeux.) LE COURRIER.
Vous me faites pleurer.
MADAME AUBONNE
Je l'aime !
BABET
Je l'adore !
l'intendant.
Je me souviens aussi qu'en un jour solennel Un grave ambassadeur, je ne sais plus lequel, Vit sa jeune noblesse, admise à l'audience, L'entourer, le presser sans trop de bienséance. « Pardonnez, dit le roi, ne vous étonnez pas; Ils me pressent de môme au milieu des combats.»
LE COURRIER
Ça donne du désir d'entrer à son service.
BABET
Oui, ça m'en donne aussi.
l'intendant.
Qu'en dites-vous, nourrice?
MADAME AUBONNE, se remettant à l'ouvrage. Ah ! j'ai bien d'autres soins;
L INTENDANT
Je prétends aujourd'hui Vous faire, en l'attendant, trente contes de lui. Un soir, près d'un couvent
LE COURRIER
Mais donnez donc la lettre.
l'intendant.
C'est bien dit... la voilà... tu pourras la remettre Au premier des fourriers que tu rencontreras : Tu partiras en hâte, en hâte reviendras. Madame de Givry veut savoir à quelle heure
Il doit de sa présence honorer sa demeure
Quatorze mille écus ! et cela clair et net !... On en doit la moitié... Va vite.
LE COURRIER
Adieu, Babet.
(Il sort.) BABET, reprenant son rouet.
La nourrice toujours dans son chagrin persiste. Faites-lui quelque conte.
l'intendant.
On voit ce qui l'attriste.
Notre jeune marquis, que la bonne a nourri, Est un grand garnement, et j'en suis bien marri.
MADAME AUBONNE
Je le suis plus que vous.
l'intendant.
Votre fils, au contraire, Respectueux, poli, cherche toujours à plaire.
BABET
Chariot est, je l'avoue, un fort joli garçon.
Notre marquis pourra se corriger.
Oh ! non; Il n'a point d'amitié; le mal est sans remède.
MADAME AUBONNE, cousant.
A l'éducation tout tempérament cède.
l'intendant, écrivant.
Les vices de l'esprit peuvent se corriger ; fger. Quand le cœur est mauvais, rien ne peut le chan-