‹ Théâtre completChapitre 1381 sur 1720 · TOUS ENSEMBLE · texte numérisé non relu

TOUS ENSEMBLE

Le bon roi ! le grand roi !

Ce n'est pas tout; le pain Manquait dans cette ville, on y mourait de faim; Il la nourrit lui-même en l'assiégeant encore.

(Il tire son mouchoir et s'essuie les yeux.) LE COURRIER.

Vous me faites pleurer.

MADAME AUBONNE

Je l'aime !

BABET

Je l'adore !

l'intendant.

Je me souviens aussi qu'en un jour solennel Un grave ambassadeur, je ne sais plus lequel, Vit sa jeune noblesse, admise à l'audience, L'entourer, le presser sans trop de bienséance. « Pardonnez, dit le roi, ne vous étonnez pas; Ils me pressent de môme au milieu des combats.»

LE COURRIER

Ça donne du désir d'entrer à son service.

BABET

Oui, ça m'en donne aussi.

l'intendant.

Qu'en dites-vous, nourrice?

MADAME AUBONNE, se remettant à l'ouvrage. Ah ! j'ai bien d'autres soins;

L INTENDANT

Je prétends aujourd'hui Vous faire, en l'attendant, trente contes de lui. Un soir, près d'un couvent

LE COURRIER

Mais donnez donc la lettre.

l'intendant.

C'est bien dit... la voilà... tu pourras la remettre Au premier des fourriers que tu rencontreras : Tu partiras en hâte, en hâte reviendras. Madame de Givry veut savoir à quelle heure

Il doit de sa présence honorer sa demeure

Quatorze mille écus ! et cela clair et net !... On en doit la moitié... Va vite.

LE COURRIER

Adieu, Babet.

(Il sort.) BABET, reprenant son rouet.

La nourrice toujours dans son chagrin persiste. Faites-lui quelque conte.

l'intendant.

On voit ce qui l'attriste.

Notre jeune marquis, que la bonne a nourri, Est un grand garnement, et j'en suis bien marri.

MADAME AUBONNE

Je le suis plus que vous.

l'intendant.

Votre fils, au contraire, Respectueux, poli, cherche toujours à plaire.

BABET

Chariot est, je l'avoue, un fort joli garçon.

Notre marquis pourra se corriger.

Oh ! non; Il n'a point d'amitié; le mal est sans remède.

MADAME AUBONNE, cousant.

A l'éducation tout tempérament cède.

l'intendant, écrivant.

Les vices de l'esprit peuvent se corriger ; fger. Quand le cœur est mauvais, rien ne peut le chan-

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