GHARLOT, ACTE III, SCÈNE V
L INTENDANT
Hélas ! je doute fort qu'il y soit bien longtemps.
JULIE
Madame sort déjà de ses appartements.
Dans quel accablement elle est ensevelie !
Les précédents; LA COMTESSE, soutenue par deux SUIVANTES.
LA COMTESSE
Mes filles, laissez-moi, que je parle à Julie. Dans ma chambre avec moi je ne saurais rester. l'intendant, à Babel.
Elle veut être seule, il faut nous écarter.
(Ils sortent.) LA COMTESSE, se jetant dans un fauteuil. 0 ma chère Julie, en ma douleur profonde, Ne m'abandonnez pas... je n'ai que vous au monde,
JULIE
Vous m'avez tenu lieu d'une mère, et mon cœur Répond toujours au vôtre et sent votre malheur.
LA COMTESSE
Ma fille, voilà donc quel est votre hyménée ! Ah! j'avais espéré vous rendre fortunée.
JULIE
Je pleure votre sort... et je sais m' oublier.
LA COMTESSE
Le roi même en ces lieux devait vous marier : Au lieu de cette fête et si sainte et si chère, J'ordonne de mon fils la pompe funéraire ! Ah! Julie!
JULIE
En ce temps, en ce séjour de pleurs, Comment de la maison faire au roi les honneurs?
J'envoie auprès de lui, je l'instruis de ma perte : Il plaindra les horreurs où mon âme est ouverte, 11 aura des égards ; il ne mêlera pas L'appareil des festins à celui du trépas. Le roi ne viendra point... tout a changé de face.
JULIE
Ainsi... le meurtrier... n'aura donc point sa grâce?
LA COMTESSE
11 est bien criminel.
JULIE
Il s'est vu bien pressé; A ce coup malheureux le marquis l'a forcé.
LA COMTESSE, en pleurant.
Il devait fuir plutôt.
JULIE
Votre fils en colère...
LA COMTESSE, se levant.
Il devait dans mon fils respecter une mère. Le fils de sa nourrice, ô ciel! tuer mon fils! Cette femme, après tout, dont les soins infinis
Ont conduit leur enfance, et qui tous deux les aime, En ne paraissant point le condamne elle-même.
JULIE
Vous aviez protégé ce jeune malheureux.
LA COMTESSE
Je l'aimais tendrement; mon sort est plus affreux, Son attentat plus grand.
Faudra-t-il qu'il périsse?
LA COMTESSE
Quoi ! deux morts au lieu d'une!
JULIE
Hélas ! notre nourrice Ferait donc la troisième.
LA COMTESSE
Ah! je n'en puis douter.
Elle est mère... et je sais ce qu'il en doit coûter. Hélas! ne parlons point de vengeance et de peine; Ma douleur me suffit.
(On entend du bruit.) JULIE.
Quelle rumeur soudaine !
(Le peuple, derrière le théâtre.) Vive le roi! le roi! le roi! le roi! le roi I