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LE DEPOSITAIRE, ACTE III, SCÈNE IV

GOURVILLE h AINE.

J'en ai bien de la joie ; Je les révère tons.

l'avocat placet.

Au barreau du palais, Depuis deux ans je plaide avec quelque succès.

Contre madame Aubert plaidez donc, je vous prie, Et vengez-moi, monsieur, de sa friponnerie.

l'avocat placet.

Je ferai tout pour vous. Vous pouvez, au parquet, Vous informer du nom de l'avocat Placet.

GOURVILLE L'AÎNÉ

Si vous voulez, monsieur, vous charger de ma cau-

l' AVOCAT PLACET. [se...

Vous devez être instruit...

GOURVILLE L'AÎNÉ

En deux mots je l'expose.

l'avocat placet.

J'ai dès longtemps en vue un établissement, Et j'avais pourchassé Claire-Sophie Agnant; Pour elle vous savez, monsieur, quelle est ma flam-

GOUR VILLE L'AÎNÉ. lUC.

Non, mais un avocat fait bien de prendre femme Pour se désennuyer quand il a travaillé.

l'avocat placet.

Vous me privez d'icelle; et vous m'avez baillé. Par vos productions, bien de la tablature.

GOURVILLE L'AÎNÉ

Qui? moi, monsieur?

l'avocat placet.

Vous-même; et votre procédure Par madame sa mère est remise en mes mains : On a surpris, monsieur, vos papiers clandestins, Vos missives d'amour et tous vos beaux mystères, Colorés d'un vernis de maximes austères; A nos yeux clairvoyants le poison s'est montré.

GOURVILLE L'AÎNÉ

Je veux être pendu, je veux être enterré,

Si j'ai jamais écrit à cette demoiselle,

Et si j'ai pu sentir le moindre goût pour elle!

l'avocat placet.

On renia toujours, monsieur, les vilains cas; Mademoiselle Agnant ne vous ressemble pas, Elle a tout avoué.

GOURVILLE L'AÎNÉ

Quoi?

l'avocat placet.

Que votre éloquence Avait voulu tromper sa timide innocence.

GOURVILLE L'AÎNÉ

Ah! c'est une coquine; et je ferai serment

Que rien n'est plus menteur que cette fille Agnant.

l'avocat placet.

Les serments coûtent peu, monsieur, aux hypocri- Et chez madame Aubert vos infâmes visites, tes; Le viol dont partout vous êtes accusé, Un mari trop bénin par vous de coups brisé, Ont Fait connaître assez votre affreux caractère.

GOURVILLE L AINE

Juste ciel !

l'avocat placet.

Poursuivons... Vous connaissez la mère?

Qui donc?

l'avocat placet.

Madame Agnant.

GOURVILLE L'AÎNÉ

Je sais qu'en ce logis On la souffre parfois; mais je vous avertis Que je n'ai jamais eu la plus légère envie D'elle ni de sa fille, et très-peu me soucie De la famille Agnant.

l'avocat placet.

Vous savez sur l'honneur Combien elle est terrible et quelle est son humeur.

GOURVILLE L'AÎNÉ

Je n'en sais rien du tout.

L'AVOCAT PLACET

Pour venger son injure, Sa main de deux soufflets a doué ma future Devant monsieur Agnant et devant les valets.

GOURVILLE L'AÎNÉ

Ma foi, cette journée est féconde en soufflets.

L'AVOCAT PLACET

D'une telle leçon ma future excédée, Du logis maternel soudain s'est évadée : On sait qu'elle est chez vous, et je m'en doutais bien; Monsieur, il faut la rendre, et ma femme est mon Je vous rapporte ici vos lettres ridicules, [bien. Où vous parlez toujours de péchés, de scrupules. Rendez-moi sur-le-champ ses petits billets doux ; Que tout ceci se passe en secret entre nous, Et ne me forcez point d'aller à l'audience Faire rougir Messieurs de votre extravagance.

Le diable vous emporte, et vous et vos billets! Vous me feriez jurer. Non, je ne vis jamais Lne si détestable et si lourde imposture.

l'avocat placet.

Vous êtes donc, monsieur, ravisseur et parjure?

GOURVILLE L'AÎNÉ

Allez, vous êtes fou.

L'AVOCAT PLACET

J'avais l'intention De ménager céans la réputation De l'objet que mon cœur destinait à ma couche ; Mais,puisque vous niez,puisque rien ne vous touche, Que dans le crime enfin vous êtes endurci, Adieu, monsieur. Bientôt vous me verrez ici; Je viendrai vous y prendre en bonne compagnie ; Les lois sauront punir cet excès d'infamie ; Et vous verrez s'il est un plus énorme cas Que d'oser se jouer aux femmes d'avocats.

(Il sort.)

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