LE DÉPOSITAIRE, ACTE IV, SCÈNE II
Et qui même, entre nous, eut du goût pour Lisette, Me disait que la femme est comme la girouette; Quand elle est neuve encore, à toute heure onl'en- Ellebrille aux regards, elietourne à tout vent; [tend, Elle se fixe enfin quand le temps l'a rouillée.
LE JEUNE GOURVILLE
De ta comparaison j'ai l'âme émerveillée; Fixe-toi pour Picard, rouille-toi, mon enfant; Ninon n'en fera rien pour notre ami Garant.
LISETTE
La chose est pourtant sûre.
LE JEUNE GOURVILLE
Ouais ! Ninon marguillière!
Croyez-le.
LE JEUNE GOURVILLE
Je le crois, et je ne le crois guère; Mais on voit des marchés non moins extravagants, EL Paris est rempli de ces événements.
Aujourd'hui l'on en rit, demain on les oublie: Tout passe et tout renaît ; chaque jour sa folie. Mais quel train, quel fracas, quel trouble elle verra Dans sa propre maison, lorsqu'elle y reviendra! Comment sauver Agnant, cette fille si chère? Que ferons-nous ici de mon benêt de frère, De l'avocat Placet, et de madame Agnant?
LISETTE
Ils ont déjà cherché dans chaque appartement. Ils n'ont pu déterrer la petite Sophie.
LE JEUNE GOURVILLE
Au fond je suis fâché que mon espièglerie Ait à mon frère aîné causé tant de tourment; Mais il faut bien un peu décrasser un pédant: Ce sont là des leçons pour un grand philosophe.
LISETTE
Oui; mais madame Agnant paraît d'une autre étoffe, Elle est à craindre ici.
LE JEUNE GOURVILLE
Bon! tout s'apaisera; Car enfin tout s'apaise : un quartaut suffira Pour faire oublier tout au bonhomme de père ; Et plus en ce moment sa femme est en colère, Plus nous verrons bientôt s'adoucir son humeur,