NINON, LISETTE, PICARD
Ah! Picard, quels bienfaits!
(En montrant la bourse.) Vois-tu cela?
PICARD
Madame, il faut d'abord vous dire Que mon bonheur est grand... et que je ne désire Rien plus... sinon qu'il dure... etque Lisette etmoi Nous sommes obligés... Mais aide-moi donc, toi; Je ne sais point parler.
NINON
J'aime ton éloquence, Picard, et je me plais à ta reconnaissance.
PICARD
Ah ! madame, à vos pieds ici nous devons tous...
ninon. [de nous.
Nous devons rendre heureux quiconque est près Pour ceux qui sont trop loin,ce n'est pas notre affaire. Çà, notre ami Picard, il faut ne me rien taire De ce qu'on fait chez moi, tandis qu'en liberté J'ai choisi, loin du bruit, cet endroit écarté.
PICARD
D'abord un homme noir raisonne et gesticule Avec monsieur Garant ; et les mots de scrupule, De probité, d'honneur, de raisons, de devoirs, M'ont saisi de respect pour ces deux manteaux noirs. L'un dicte, l'autre écrit, disant qu'il instrumente Pour le faire bien riche et vous rendre contente, Et qu'il fait un contrat.
NINON
Oui, c'est l'intention De ce monsieur Garant si plein d'affection.
C'est un digne homme !
NINON
Oh ! oui... Mais dis-moi, je te prie, Que fait madame Agnant?
PICARD
Mais, madame, elle crie, Elle gronde vos gens, messieurs Gourville, et moi, Son mari, tout le monde, et dit qu'on est sans foi; Et dit qu'on l'a trompée, et que sa fille est prise ; Et dit qu'il faudra bien que quelqu'un l'indemnise. Et puis elle s'apaise et convient qu'elle a tort, Puis dit qu'elle a raison et crie encor plus fort.
NINON
Et monsieur son époux?
PICARD
En véritable sage, 11 voit sans sourciller tout ce remue-ménage, Et, pour fuir les chagrins qui pourraient l'occuper, Il s'amusait à boire attendant le souper.
NIXON.
Que fait notre Gourville?
PICARD
En son humeur plaisante
Il les amuse tous, et boit, et rit, et chante.
NINON
Et l'autre frère?
Il pleure.
NINON
Ah! j'aime à voir les gens Dans leur vrai caractère à nos yeux se montrants. Monsieur le marguillier est bien le seul peut-être Qui voudrait dans le fond qu'on pût le méconnaî- Malgré sa modestie on le découvre assez... [tre ; Ah! voici notre aîné qui vient les yeux baissés.