LE DÉPOSITAIRE, ACTE V, SCÈNE IV
NINON
Blàmeriez-vous tout bas une union si chère ?
GOURVILLE L'AÎNÉ
Je n'ose plus blâmer; mais quand je considère Que pour nous séparer, pour m'entraîner ailleurs.. Il vous a peinte à moi des plus noires couleurs, Qu'il voulait vous chasser de votre maison même...
Oh! c'était par vertu; dans le fond Garant m'aime, Il ne veut que mon bien; c'est un homme excellent : Mais ne lui donnez plus la clef de votre argent ; Et surtout gardez-vous un peu de ses cousines.
GOURVILLE L'AINE
Ah! que ces prudes-là sont de grandes coquines! Quel antre de voleurs! et cependant enfin Vous allez donc, madame, épouser le cousin !
NINON
Reposez-vous sur moi de ce que je vais faire : Allez, croyez surtout qu'il était nécessaire Que j'en agisse ainsi pour sauver votre bien; Un seul moment plus tard vous n'aviez jamais rien,
GOURVILLE L'AÎNÉ
Comment?
NINON
Vous apprendrez par des faits admirables De quoi les marguilliers sont quelquefois capables; Vous serez convaincu bientôt, comme je croi, Que ces hommes de bien sont différents de moi : Vous y renoncerez pour toute votre vie, Et vous préférerez la bonne compagnie.
GOURVILLE L'AÎNÉ
Je ne réplique point. Honteux, désespéré. Des sauvages erreurs dont j'étais enivré, Je vous fais de mon sort la souveraine arbitre ; Et dépendant de vous, je veux vivre à ce titre.