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LES ORIGINAUX, ACTE II, SCÈNE IV

LA COMTESSE

Plût à Dieu que vous fussiez jaloux! Insultezvous ainsi à mon attachement? vous ne me donnez que des marques d'aversion : était-ce pour cela que je vous ai épousé?

LE COMTE, se nettoyant les dents.

Mais vous m'avez épousé, madame, vous m'avez épousé pour être dame de qualité, pour prendre le pas sur vos compagnes avec qui vous avez été élevée, pour les faire crever de dépit. Moi, je vous ai épousée.... je vous ai épousée, madame, pour ajouter deux cent mille écus à mon bien. De ces deux cent mille écus, j'en ai déjà mangé cent mille; par conséquent, je ne vous dois plus que la moitié des égards que je vous devais. Quand j'aurai mangé les cent mille autres, je serai tout à fait quitte avec vous. Raillerie à part, je vous aime ; je ne veux pas que vous soyez malheureuse, mais j'exige que vous ayez un peu d'indulgence.

LA COMTESSE

Vous m'outrez: vous vous repentirez peut-être un jour de m'avoir désespérée.

LE COMTE

Quoi donc! qu'avez-vous? venez-vous ici gronder votre mari de quelque tour que vous aura joué votre amant? Ah! comtesse, parlez-moi avec confiance: qui aimez-vous actuellement?

LA COMTESSE

Ciel! que ne puis-je aimer quelque autre que vous !

LE COMTE

On dit que vous soupâtes hier avec le chevalier du Hasard. Il est vraiment aimable : je veux que vous me le présentiez.

LA COMTESSE

Quelles étranges idées! vous ne pensez donc pas qu'une femme puisse aimer son mari ?

LE COMTE

Oh ! pardonnez-moi ; je pense qu'il y a des occasions où une femme aime son mari: quand il va à la campagne sans elle pour deux ou trois années, quand il se meurt, quand elle essaye son habit de veuve.

LA COMTESSE

Voilà comme vous êtes; vous croyez que toutes les femmes sont faites sur le modèle de celles avec qui vous vous ruinez, vous pensez qu'il n'y en a point d'honnêtes.

LE COMTE

D'honnêtes femmes! mais si fait, si fait; il y en a de fort honnêtes: elles trichent un peu au jeu, mais ce n'est qu'une bagatelle.

LA COMTESSE

Voilà donc tous les sentiments que j'obtiendrai de vous !

LE COMTE

Croyez-moi, le président et la présidente ont beau faire, je ne veux pas vivre sitôt en bourgeois; et puisque vous êtes Madame la comtesse Des Ap-

prêts, je veux que vous souteniez votre dignité et que vous n'ayez rien de commun avec votre mari que le nom, les armes, et les livrées. Vous ne savez pas votre monde; vous vous imaginez qu'un mari et une femme sont faits pour vivre ensemble: quelle idée ! Holà! hé! là-bas! quelqu'un! holà! hé! messieurs de la chambre !

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