M. DU CAP-VERT, LE CHEVALIER
LE CHEVALIER
Monsieur, je ne me sens pas de joie de vous voir.
M. DU CAP-VERT
Vraiment, je le crois bien que vous ne vous sentez pas de joie en me voyant : pourquoi en sentiriez-vous? vous ne me connaissez pas.
LE CHEVALIER
Je veux dire que ma joie est si forte...
M. DU CAP-VERT
Vous vous moquez de moi. Qui êtes-vous? et que me voulez-vous?
LE CHEVALIER
Ah! monsieur, que c'est une belle chose que la mer!
M. DU CAP-VERT
Oui, fort belle.
LE CHEVALIER
J'ai toujours eu envie de servir sur cet élément.
M. DU CAP-VERT
Qui vous en empêche?
Quel plaisir que ces combats de mer, surtout lorsqu'on s'accroche!
M. DU CAP-VERT
Vous avez raison : il n'y a qu'un plaisir au-dessus de celui-là.
LE CHEVALIER
Et quel, monsieur, s'il vous plaît?
M. DU CAP-VERT
C'est lorsqu'on se débarrasse sur terre des importuns.
LE CHEVALIER
Oui, cela doit être délicieux. Que vous êtes heureux, monsieur, que vous êtes heureux! Vous avez sans doute vu Je cap de Bonne-Espérance, monsieur?
M. DU CAP-VERT
Assurément. Je veux vous faire lire le récit d'un petit combat assez drôle que je donnai à la vue du Cap : je vous assure que je menai mes gens galamment.
LE CHEVALIER
Vous me ferez la plus insigne faveur : ah! monsieur, que c'est dommage qu'un homme comme vous se marie!
M. DU CAP-VERT
Pourquoi, dommage?
Voilà qui est fait; il ne sera plus question de vous dans les gazettes ; vous n'aurez plus le plaisir de l'abordage; vous allez languir dans les douces chaînes d'un hymen plein de charmes; une beauté tendre, touchante, voluptueuse, va vous enchan-