‹ Théâtre completChapitre 1490 sur 1720 · LES ORIGINAUX, ACTE TU, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

LES ORIGINAUX, ACTE TU, SCÈNE IL

Mais enfin, qu'esl-cc que ce cruel a répondu?

FAN'CHON

Lui, ma sœur? il m'a répondu que j'étais une merluche, une impertinente, une morveuse.

LA COMTESSE

Oh ciel !

FANCHON

11 m'a dit que j'avais eu deux ou trois enfants, mais qu'il ne s'en mettait pas en peine.

LA COMTESSE

A quel excès

FANCHON

Que cela ne l'empêcherait de rien.

LA COMTESSE

Hélas !

FANCHON

Qu'il allait trouver mon père et ma mère.

LA COMTESSE

Mais, ma sœur!...

FANCHON

Qu'il signerait les articles ce soir.

LA COMTESSE

Quels articles?

Et qu'il m'épouserait cette nuit.

LA COMTESSE

Lui, ma sœur !

FANCHON, criant et pleurant.

En dût-il être cocu ! ah ! le cœur me fend. M. le chevalier et moi, nous sommes inconsolables.

LA COMTESSE

Je ne comprends rien à ce que vous me dites. Quoi! M. le comte, mon mari...

FANCHON

Eh non! ce n'est pas de votre mari dont je parle ; c'est du bourreau qui veut être le mien.

LA COMTESSE

Quoi ! mon père s'obstine à vouloir vous donner pour mari ce grand vilain M. du Cap-Vert? que je vous plains, ma sœur! Mais avez-vous parlé à M. le comte?

FANCHON

Au nom de Dieu, ma sœur, engagez mon père à différer ce mariage. M. le chevalier vous en prie avec moi.

LE CHEVALIER

Vous êtes sœurs; vous devez vous rendre la vie douce l'une à l'autre; et je voudrais vous rendre service à toutes deux.

LA COMTESSE

J'irai me jeter aux pieds de mon père et de ma mère. Mais avez-vous vu M. le comte?

Ma sœur, ne m'abandonnez pas.

LA COMTESSE

Mais dites si vous avez fait quelque chose pour moi»

LE CHEVALIER

Donnez donc quelque réponse à madame.

FANCHON

Voyez-vous, ma sœur, si l'on me force à épouser cet homme-là, je suis fille à mettre le feu aux poudres et à sauter en l'air avec son maudit vaisseau, lui, l'équipage, et moi.

LA COMTESSE

Si je ne puis parvenir à rendre mon mari raisonnable, vous me verrez expirer de douleur.

FANCHON

Ne manquez pas de représenter à ma mère la cruauté qu'il y aurait à me laisser manger par ce cancre de corsaire.

LE CHEVALIER

Vous avez toutes deux la tête pleine de votre affaire. Daignez rentrer l'une et l'autre, et souffrez que je vous donne mes petits avis pour le bonheur de tous trois.

Page 1