LES ORIGINAUX, ACTE TU, SCÈNE IL
Mais enfin, qu'esl-cc que ce cruel a répondu?
FAN'CHON
Lui, ma sœur? il m'a répondu que j'étais une merluche, une impertinente, une morveuse.
LA COMTESSE
Oh ciel !
FANCHON
11 m'a dit que j'avais eu deux ou trois enfants, mais qu'il ne s'en mettait pas en peine.
LA COMTESSE
A quel excès
FANCHON
Que cela ne l'empêcherait de rien.
LA COMTESSE
Hélas !
FANCHON
Qu'il allait trouver mon père et ma mère.
LA COMTESSE
Mais, ma sœur!...
FANCHON
Qu'il signerait les articles ce soir.
LA COMTESSE
Quels articles?
Et qu'il m'épouserait cette nuit.
LA COMTESSE
Lui, ma sœur !
FANCHON, criant et pleurant.
En dût-il être cocu ! ah ! le cœur me fend. M. le chevalier et moi, nous sommes inconsolables.
LA COMTESSE
Je ne comprends rien à ce que vous me dites. Quoi! M. le comte, mon mari...
FANCHON
Eh non! ce n'est pas de votre mari dont je parle ; c'est du bourreau qui veut être le mien.
LA COMTESSE
Quoi ! mon père s'obstine à vouloir vous donner pour mari ce grand vilain M. du Cap-Vert? que je vous plains, ma sœur! Mais avez-vous parlé à M. le comte?
FANCHON
Au nom de Dieu, ma sœur, engagez mon père à différer ce mariage. M. le chevalier vous en prie avec moi.
LE CHEVALIER
Vous êtes sœurs; vous devez vous rendre la vie douce l'une à l'autre; et je voudrais vous rendre service à toutes deux.
LA COMTESSE
J'irai me jeter aux pieds de mon père et de ma mère. Mais avez-vous vu M. le comte?
Ma sœur, ne m'abandonnez pas.
LA COMTESSE
Mais dites si vous avez fait quelque chose pour moi»
LE CHEVALIER
Donnez donc quelque réponse à madame.
FANCHON
Voyez-vous, ma sœur, si l'on me force à épouser cet homme-là, je suis fille à mettre le feu aux poudres et à sauter en l'air avec son maudit vaisseau, lui, l'équipage, et moi.
LA COMTESSE
Si je ne puis parvenir à rendre mon mari raisonnable, vous me verrez expirer de douleur.
FANCHON
Ne manquez pas de représenter à ma mère la cruauté qu'il y aurait à me laisser manger par ce cancre de corsaire.
LE CHEVALIER
Vous avez toutes deux la tête pleine de votre affaire. Daignez rentrer l'une et l'autre, et souffrez que je vous donne mes petits avis pour le bonheur de tous trois.