LE COMTE DE BOURSOUFLE, ACTE I, SCÈNE IV. SCÈNE III
LE COMTE DE BOURSOUFLE, suivi d'un page, d'un perruquier et de trois valets; LE CHEVALIER, MA- RAUDIN, PASQUIN.
Ah ! quel supplice que d'être six heures dans une chaise de poste ! on arrive tout dérangé, tout dépoudré.
LE CHEVALIER
Mon frère, je suis ravi de vous...
MARAUDIN.
Monsieur, vous allez trouver en ce pays-ci...
LE COMTE
Holà ! hé ! qu'on m'arrange un peu ! Foi de seigneur, je ne pourrai jamais me montrer dans l'état où je suis.
LE CHEVALIER
Mon frère, je vous trouve très-bien, et je me flatte...
LE COMTE, ci ses gens.
Allons donc un peu ! Un miroir, de la poudre d'œillet, un pouf, un pouf! Hé! bonjour, monsieur Maraudin, bonjour ! mademoiselle de la Cochonnière me trouvera horriblement mal en ordre. Mons du Toupet ! je vous ai déjà dit mille fois que mes perruques ne fuient point assez en arrière; vous avez la fureur d'enfoncer mon visage dans une épaisseur de cheveux qui me rend ridicule, sur mon honneur. Monsieur Maraudin, à propos... (Au chevalier.) Ah ! vous voilà, Chonchon !
LE CHEVALIER
Oui, et j'attendais le moment...
LE COMTE
Monsieur Maraudin, comment trouvez-vous mon habit de noces? L'étoffe m'a coûté cent écus l'aune.
MARAUDIN.
Mademoiselle de la Cochonnière en sera éblouie.
LE CHEVALIER
La peste soit du fat ! il ne daigne pas seulement me regarder !
PASQUIN
Et pourquoi vous adressez-vous à lui, à sa personne? Que ne parlez-vous à sa perruque, à sa broderie, à son équipage? Flattez sa vanité au lieu de vouloir toucher son cœur.
LE CHEVALIER
Non, j'aimerais mieux crever que de faire ma cour à ses impertinences.
LE COMTE
Page, levez un peu le miroir, haut, plus haut. Vous êtes fort maladroit, page, foi de seigneur.
LE CHEVALIER
Mais, mon frère, voudrez-vous bien enfin...
LE COMTE
Charmé de te voir, mon cher Chonchon, sur
mon honneur ! Tu reviens donc de la campagne, un peu grêlé, à ce que je vois? eh! eh! eh ! Eh bien, qu'est devenu ton cousin qui partit avec loi il y a trois ans?
LE CHEVALIER
Je vous ai mandé il y a un an qu'il était mort. C'était un très-honnète homme, et si la fortune... LE COMTE, toujours assis et à sa toilette.
Ah ! oui, oui, je l'avais oublié, je m'en souviens, il est mort. Il a bien fait; cela n'était pas riche. Vous venez peut-être à la noce, monsieur Chonchon ? cela n'est pas maladroit. (A Maraudin.) Écoutez, monsieur Maraudin, je prétends aller le plus tard que je pourrai chez mademoiselle de la Cochonnière. J'ai quelques affaires dans le voisinage. La petite marquise n'est qu'à deux cents pas d'ici : eh ! eh ! eh ! je veux un peu aller la voir avant de tàter du sérieux embarras d'une noce... Mons Maraudin, qu'on mette mes relais à ma chaise.