‹ Théâtre completChapitre 1531 sur 1720 · LE COMTE DE BOURSOUFLE, ACTE III, SCENE V · texte numérisé non relu

LE COMTE DE BOURSOUFLE, ACTE III, SCENE V

don; j'ai élu trompé par ce scélérat de Maraudin et par cet autre coquin-ci. Délions vite M. le comte et rendons-lui son épée. (Au bailli.) Ordonnez du supplice des fripons qui m'ont abusé. Ah! que je suis un malheureux baron!

THÉRÈSE

A qui suis-je, à qui suis-je donc, moi?

LE COMTE

Me voici un peu plus libre. Qu'on me donne de la poudre de senteur, car je pue furieusement l'écurie. Holà! hé! un pouf, un pouf!

LE BARON, au bailli.

Monsieur le bailli, vous n'y perdrez rien (montrant le chevalier); car voilà toujours un criminel à expédier. Il a pris le nom d'un autre pour épouser ma fille.

LE BAILLI

C'est M. le chevalier de Boursoufle, c'est aussi le fils de mon parrain; je ne serai pas assez osé pour instrumenter contre M. le chevalier.

Écoutez, vieux fou de baron! Écoutez : j'ai soixante mille livres de rente ; le chevalier est mon cadet qui n'a pas le sou et qui voulait faire fortune en me jouant d'un tour : il sera assez puni quand il me verra épouser à ses yeux mademoiselle Gotton-Thérèse de la Cochonnière et emporter la dot.

THÉRÈSE

Ça ne me fait rien; j'épouserai tous ceux que papa voudra, pourvu que j'aille à Paris et que je sois grande dame.

LE BARON

Hélas! monsieur le comte, je suis le plus malheureux de tous les hommes; le contrat est signé, M. Maraudin a tant pressé la chose, et même Thérèse a... (// lui parle à V oreille.)

THÉRÈSE

Tout ça ne fait rien, papa; j'épouserai encore M. le comte, vous n'avez qu'à dire.

LE CHEVALIER, venant à Thérèse.

Mademoiselle, je vous supplie de vous souvenir de ce que...

THÉRÈSE

J'ai tout oublié; vous êtes un cadet qui n'avez rien, et je serai grande dame avec M. le comte.

LE COMTE

Mais quoi, beau-père, le contrat serait signé!...

LE CHEVALIER

Oui, mon frère, et mademoiselle Gotton-Thérèse de la Cochonnière a l'honneur d'être votre bellesœur. (Au baron.) Il est vrai, monsieur le baron, que je ne suis pas riche, mais je vous promets de faire une grande fortune à la guerre. (A Thérèse.) Et vous, madame, je me flatte que vous me pardonnerez la petite supercherie que M. Maraudin vous a faite et qui me vaut l'honneur de vous posséder.

THÉRÈSE, retirant sa main.

Je n'entends rien à tout cela; et pourvu que j'aille à Paris dès ce soir, je pardonne tout. Voyez de vous deux quel est celui dont je suis la femme.

LE BARON

Monsieur le bailli, par charité, faites pendre au moins M. Maraudin, qui est l'auteur de toute la friponnerie.

LE BAILLI

Très-volontiers; il n'y a rien que je ne fasse pour mes amis.

LE COMTE

On pourrait bien de tout ceci me tourner en ridicule à la cour. (Tournant sur ses talons.) Mais quand on est fait comme je suis, on est au-dessus de tout, , foi de seigneur.

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