CHOEUR DES PHILISTINS
Quel mortel orgueilleux peut tenir ce langage ? Contre un roi si puissant quel bras peut s'élever?
LE ROI
Si vous êtes un dieu, je vous dois mon hommage; Si vous êtes un homme, osez -vous me braver ?
SAMSON
Je ne suis qu'un mortel; mais le Dieu de la terre,
Qui commande aux rois,
Qui souffle à son choix Et la mort et la guerre, Qui vous tient sous ses lois, Qui lance le tonnerre, Vous parle par ma voix.
LE ROI
Eh bien ! quel est ce Dieu? quel est le témoignage Qu'il daigne m'annoncer par vous ?
SAMSON
Vos soldais mourant sous mes coups, La crainte où je vous vois, mes cxploi(s, mon cou- Au nom de ma patrie, au nom de l'Éternel, [rage Respectez désormais les enfants d'Israël,
Et finissez leur esclavage.
LE ROI
Moi, qu'au sang philistin je fasse un tel outrage ! Moi, mettre en liberté ces peuples odieux ! Votre Dieu serait-il plus puissant que mes dieux?
SAMSON
Vous allez l'éprouver; voyez si la nature
Reconnaît ses commandements.
Marbres, obéissez; que l'onde la plus pure Sorte de ces rochers et retombe en torrents.
(On voit des fontaines jaillir dans renfoncement.) CHŒUR.
Ciel ! ô ciel! à sa voix on. voit jaillir cette onde Des marbres amollis!
Les éléments lui sont soumis !
Est-il le souverain du monde?
LE ROI
N'importe; quel qu'il soit, je ne puis m'avilir A recevoir des lois de qui doit me servir.
SAMSON
Eh bien ! vous avez vu quelle était sa puissance,
Connaissez quelle est sa vengeance.
Descendez, feux des cieux, ravagez ces climats :
Que la foudre tombe en éclats ; De ces fertiles champs détruisez l'espérance.
(Tout le théâtre paraît embrasé.)
Brûlez, moissons; séchez, guérets;
Embrasez-vous, vastes forêts.
(Au roi.)
Connaissez quelle est sa vengeance.
CHOEUR
Tout s'embrase, tout se détruit; Un dieu terrible nous, poursuit.
Brûlante flamme, affreux tonnerre, Terribles coups !
Ciel ! ô ciel ! sommes-nous Au jour où doit périr la terre?
LE ROI
Suspends, suspends cette rigueur, Ministre impérieux d'un Dieu plein de fureur !
Je commence à reconnaître Le pouvoir dangereux de ton superbe maître; Mes dieux longtemps vainqueurs commencent à cé-
C'est à leur voix à me résoudre. [der;
SAMSON
C'est à la sienne à commander.
Il nous avait punis, il m'arme de sa foudre : A tes dieux infernaux va porter ton effroi ; Pour la dernière fois peut-être tu contemples Et ton trône et leurs temples :
Tremble pour eux et pour toi.