‹ Théâtre completChapitre 1543 sur 1720 · CHOEUR DES PHILISTINS · texte numérisé non relu

CHOEUR DES PHILISTINS

Quel mortel orgueilleux peut tenir ce langage ? Contre un roi si puissant quel bras peut s'élever?

LE ROI

Si vous êtes un dieu, je vous dois mon hommage; Si vous êtes un homme, osez -vous me braver ?

SAMSON

Je ne suis qu'un mortel; mais le Dieu de la terre,

Qui commande aux rois,

Qui souffle à son choix Et la mort et la guerre, Qui vous tient sous ses lois, Qui lance le tonnerre, Vous parle par ma voix.

LE ROI

Eh bien ! quel est ce Dieu? quel est le témoignage Qu'il daigne m'annoncer par vous ?

SAMSON

Vos soldais mourant sous mes coups, La crainte où je vous vois, mes cxploi(s, mon cou- Au nom de ma patrie, au nom de l'Éternel, [rage Respectez désormais les enfants d'Israël,

Et finissez leur esclavage.

LE ROI

Moi, qu'au sang philistin je fasse un tel outrage ! Moi, mettre en liberté ces peuples odieux ! Votre Dieu serait-il plus puissant que mes dieux?

SAMSON

Vous allez l'éprouver; voyez si la nature

Reconnaît ses commandements.

Marbres, obéissez; que l'onde la plus pure Sorte de ces rochers et retombe en torrents.

(On voit des fontaines jaillir dans renfoncement.) CHŒUR.

Ciel ! ô ciel! à sa voix on. voit jaillir cette onde Des marbres amollis!

Les éléments lui sont soumis !

Est-il le souverain du monde?

LE ROI

N'importe; quel qu'il soit, je ne puis m'avilir A recevoir des lois de qui doit me servir.

SAMSON

Eh bien ! vous avez vu quelle était sa puissance,

Connaissez quelle est sa vengeance.

Descendez, feux des cieux, ravagez ces climats :

Que la foudre tombe en éclats ; De ces fertiles champs détruisez l'espérance.

(Tout le théâtre paraît embrasé.)

Brûlez, moissons; séchez, guérets;

Embrasez-vous, vastes forêts.

(Au roi.)

Connaissez quelle est sa vengeance.

CHOEUR

Tout s'embrase, tout se détruit; Un dieu terrible nous, poursuit.

Brûlante flamme, affreux tonnerre, Terribles coups !

Ciel ! ô ciel ! sommes-nous Au jour où doit périr la terre?

LE ROI

Suspends, suspends cette rigueur, Ministre impérieux d'un Dieu plein de fureur !

Je commence à reconnaître Le pouvoir dangereux de ton superbe maître; Mes dieux longtemps vainqueurs commencent à cé-

C'est à leur voix à me résoudre. [der;

SAMSON

C'est à la sienne à commander.

Il nous avait punis, il m'arme de sa foudre : A tes dieux infernaux va porter ton effroi ; Pour la dernière fois peut-être tu contemples Et ton trône et leurs temples :

Tremble pour eux et pour toi.

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