‹ Théâtre completChapitre 1558 sur 1720 · GUERRIERS · texte numérisé non relu

GUERRIERS

Vénus, notre fier courage, Dans le sang, dans le carnage^ Vainement s'endurcit;

Tu nous désarmes; Nous rendons les armes :

L'horreur à ta voix s'adoucit.

UNE PRÊTRESSE

Chantez, oiseaux, chantez; votre ramage tendre Est la voix des plaisirs.

Chantez; Vénus doit vous entendre; Portez-lui nos soupirs.

Les filles de Flore S'empressent d'éclore Dans ce séjour; La fraîcheur brillante De la fleur naissante Se passe en un jour :

Mais une plus belle Naît auprès d'elle, Plaît à son tour; Sensible image Des plaisirs du bel âge, Sensible image Du charmant Amour!

SAMSON

Je n'y résiste plus : le charme qui m'obsède Tyrannise mon cœur, enivre tous mes sens : Possédez à jamais ce cœur qui vous possède,

Et gouvernez tous mes moments.

Venez : vous vous troublez

DALILA

Ciel! que vais-je lui dire?

D'où vient que votre cœur soupire?

DALILA

Je crains de vous déplaire, et je dois vous parler.

SAMSON

Ah! devant vous c'est à moi de trembler. Parlez, que voulez-vous?

DALILA

Cet amour qui m'engage Fait ma gloire et mon bonheur; Mais il me faut un nouveau gage Qui m'assure de votre cœur.

SAMSON

Prononcez ; tout sera possible A ce cœur amoureux.

DALILA

Dites-moi, par quel charme heureux, Par quel pouvoir secret cette force invincible...?

SAMSON

Que me demandez-vous? C'est un secret terrible Entre le ciel et moi.

DALILA

Ainsi vous doutez de ma foi?

Vous doutez, et m'aimez!...

SAMSON. '

Mon cœur est trop sensible;.

Mais ne m'imposez point cette funeste loi.

Un cœur sans confiance est un cœur sans tendresse.

SAMSON

N'abusez point de ma faiblesse.

DALILA

Cruel! quel injuste refus!

Notre hymen en dépend ; nos nœuds seraient romsamson. [pus.

Que dites-vous?

DALILA

Parlez, c'est l'amour qui vous prie.

SAMSON

Ah! cessez d'écouter cette funeste envie.

DALILA

Cessez de m'accabler de refus outrageants.

SAMSON

Eh bien! vous le voulez; l'amour me justifie : Mes cheveux, à mon Dieu consacrés dès longtemps, De ses bontés pour moi sont les sacrés garants : Il voulut attacher ma force et mon courage A de si faibles ornements :

Ils sont à lui; ma gloire est son ouvrage.

DALILA

Ces cheveux, dites-vou^ ?

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