DE LA FÊTE POUR LE MARIAGE DE M. LE DAUPHIN
LE SOLEIL descend dans son char et prononce ces paroles :
L'inventeur des beaux-arts, le dieu de la lumière, Descend du haut des cieuxdans le plus beau séjour Qu'il puisse contempler en sa vaste carrière.
La Gloire, l'Hymen, et l'Amour, Astres charmants de cette cour, Y répandent plus de lumière Que le flambeau du dieu du jour.
J'envisage en ces lieux le bonheur de la France .Dans ce roi qui commande à tant de cœurs soumis ; Mais, tout dieu que je suis, et dieu de l'éloquence,
Je ressemble à ses ennemis,
Je suis timide en sa présence.
Faut-il qu'ayant tant d'assurance Quand je fais entendre son nom, Il ne m'inspire ici que de la défiance? Tout grand homme a de l'indulgence, Et tout héros aime Apollon.
Qui rend son siècle heureux veut vivre en la mé- Pour mériter Homère Achille a combattu, [moire.
Si l'on dédaignait trop la gloire,
On chérirait peu la vertu.
(Tous les acteurs bordent le théâtre, représentant les Muses et les Beaux-Arts.) 0 vous qui lui rendez tant de divers hommages, Vous qui le couronnez, et dont il est l'appui, N'espérez pas pour vous avoir tous les suffrages
Que vous réunissez pour lui.
Je sais que de la cour la science profonde
Serait de plaire à tout le monde; C'est un art qu'on ignore; et peut-être les dieux En ont cédé l'honneur au maître de ces lieux.
Muses, contentez -vous de chercher à lui plaire;
Ne vantez point ici d'une voix téméraire
La douceur de ses lois, les efforts de son bras,
Thémis, la Prudence et Bellone,
Conduisant son cœur et ses pas, La bonté généreuse assise sur son trône, Le Rhin libre par lui, l'Escaut épouvanté, Les Apennins fumants que sa foudre environne; Laissons ces entretiens à la postérité, Ces leçons à son fils, cet exemple à la terre : Vous graverez ailleurs, dans les fastes des temps,
Tous ces terribles monuments,
Dressés par les mains de la Guerre.
Célébrez aujourd'hui l'hymen de ses enfants, Déployez l'appareil de vos jeux innocents. L'objet qu'on désirait, qu'on admire et qu'on aime, Jette déjà sur vous des regards bienfaisants : On est heureux sans vous; mais le bonheur su-
Veut encor des amusements. [prôme
Cueillez toutes les fleurs, et parez-en vos têtes; Mêlez tous les plaisirs, unissez tous les jeux, Souffrez le plaisant même ; il faut de tout aux fêtes, Et toujours les héros ne sont pas sérieux. Enchantez un loisir, hélas! trop peu durable. Ce peuple de guerriers, qui ne paraît qu'aimable, Vous écoute un moment et revole aux dangers. Leur maître en tous les temps veille sur la patrie. Les soins sont éternels, ils consument la vie;
Les plaisirs sont trop passagers.
Il n'en est pas ainsi de la vertu solide; Cet hymen l'éternisé : il assure à jamais A cette race auguste, à ce peuple intrépide,
Des victoires et des bienfaits.
Muses, que votre zèle à mes ordres réponde. Le cœur plein des beautés dont cette cour abonde, Et que ce jour illustre assemble autour de moi, Je vais voler au ciel, à la source féconde
De tous les charmes que je voi ;
Je vais, ainsi que votre roi, [de.
Recommencer mon cours pour le bonheur du mon-
LA PRINCESSE DE NAVARRE, ACTE I, SCENE I. NOUVEAU PROLOGUE DE LA PRINCESSE DE NAVARRE
ENVOYÉ A M. LE MARÉCHAL DUC DE RICHELIEU, l'OUR LA REPRÉSENTATION QO'lL FIT DONNER A BORDEAUX