SCÈNE II
SANCHETTE, L'ALCADE, suite.
l'alcade.
Mes amis, vous avez un important emploi; Elle est dans ces jardin-. Ah ! la voici; c'est elle : Le portrait qu'on m'en fit me semble assez fidèle; Voilà son air, sa taille; elle est jeune, elle est belie;
Remplissons les ordres du roi.
Soyez prêts à me suivre, et faites sentinelle.
UN LIEUTENANT DE l'aLCADE.
Xous vous obéirons; comptez sur notre zèle.
Ah! messieurs, vous parlez de moi.
l'alcade. [naître;
Oui, madame, à vos traits nous savons vous con- Votre air nous dit assez ce que vous devez être; Nous venons vous prier de venir avec nous; La moitié de mes gens marchera devant vous, L'autre moitié suivra; vous serez transportée Sûrement et sans bruit, et partout respectée.
SANCHETTE
Quel étrange propos! me transporter! Qui? moi ! Eh ! qui doue ètes-vous?
l'alcade *
Des officiers du roi; Vous l'offensez beaucoup d'habiter ces retraites; Monsieur l'amirante en secret, Sans nous dire qui vous êtes, N"iis a fait votre portrait.
SANCHETTE
Mon portrait, dites-vous?
l'alcade.
Madame, trait pdUF trait.
SANCHETTE
Mais je ne connais point ce monsieur l'amirante.
l'alcade.
Il fait pourtant de vous la peinture vivante.
SANCHETTE
Mon portrait à la cour a donc été porté?
l'alcade.
Apparemment.
SANCHETTE
Voyez ce que fait la beauté I Et de la part du roi vous m'enlevez ! l'alcade.
Sans doute ; C'est notre ordre précis: il le faut, quoi qu'il coûte.
SANCHETTE
Où m'allez-vous mener?
l'alcade.
A Burgos, à la cour ; Vous y serez demain avant la fin du jour.
SANCHETTE
A la cour ! mais vraiment ce n'est pas me déplaire ; La cour ! j'y consens fort ; mais que dira mon père ?
l'alcade.
Votre père? il dira tout ce qu'il lui plaira.
SANCHETTE
Il doit être charmé de ce voyage-là.
l'alcade.
C'est un honneur très-grand qui sans doute le flatte.
SAXCHETTE.
On m'a dit que la cour est un pays si beau ! Hélas ! hors ce jour-ci, la vie en ce château Fut toujours ennuyeuse et plate.
l'alcade.
Il faut que dans la cour votre personne éclate.
Eh ! qu'est-ce qu'on y fait ?
l'alcade.
Mais du bien et du mal; On y vit d'espérance; on tâche de paraître ; Près des belles toujours on a quelque rival, On en a cent auprès du maître.
SANCHETTE
Eh ! quand je serai là, je verrai donc le roi ?
l'alcade.
C'est lui qui veut vous voir.
SANCHETTE
Ah ! quel plaisir pour moi !
Xe me trompez-vous point? eh quoi ! le roi souhaite Que je vive à sa cour ? il veut avoir Sanchette ? Hélas ! de tout mon cœur: il m'enlève; partons. Lst-il comme Alamir? quelles sont ses façons? Gomment en use-t-il, messieurs, avec les belles ?
l'alcade.
Il ne m'appartient pas d'en savoir des nouvelles ; A ses ordres sacrés je ne sais qu'obéir.
SANCHETTE
Vous emmenez sans doute à la cour Alamir?
l'alcade.
Comment ? quel Alamir?
LA PRINCESSE DE NAVARRE, ACTE II, SCÈNE V