‹ Théâtre completChapitre 1655 sur 1720 · SUITE DE ^ENVIE · texte numérisé non relu

SUITE DE ^ENVIE

Notre gloire est de détruire, , Notre sort est de nuire ; Nous allons renverser ces affreux monuments. Nos coups redoutables Sont plus inévitables Que les traits de la Mort et le pouvoir du Temps l'envie.

Hàtez-vous, vengez mon outrage; Des Muses que je hais embrasez le bocage ;

Écrasez sous ces fondements Et la Gloire et son temple, et ses heureux enfants, Que je hais encor davantage.

Démons, ennemis des vivants, Donnez ce spectacle à ma rage.

(Les suivants de l'Envie dansent et forment un ballet figuré ; un héros vient au milieu de ces furies étonnées à son approche; il se voit interrompu par les suivants de l'Envie, qui veulent en vain l'effrayer.)

APOLLON entre, suivi des Muses, de demi-dieux et de

héros.

APOLLON

Arrêtez, monstres furieux.

Fuis mes traits, crains mes feux, implacable furie. l'envie.

Non, ni les mortels ni les dieux Ne pourront désarmer l'Envie.

APOLLON

Oses-tu suivre encor mes pas?

Oses-tu soutenir l'éclat de ma lumière?

l'envie.

Je troublerai plus de climats

Que tu n'eu vois dans la carrière.

APOLLON

Muses et demi- dieux, vengez-moi, vengez-vous.

(Les héros et les demi-dieux saisissent l'Envie.) l'envie.

Non, c'est en vain que l'on m'arrête.

APOLLON

Étouffez ces serpents qui sifflent sur sa tète.

l'envie.

Ils renaîtront cent fois pour servir mon courroux.

APOLLON

Le ciel ne permet pas que ce monstre périsse ; 11 est immortel comme nous :

Qu'il souffre un éternel supplice; Que du bonheur du monde il soit infortuné; Qu'auprès de la Gloire il gémisse, Qu'à son trône il soit enchaîné.

(L'antre de l'Envie s'ouvre et laisse voir le temple de la Gloire ; on l'enchaîne au pied du trône de cette déesse.) CHOEUR DES MUSES ET DEMI-DIEUX.

Ce monstre toujours terrible

Sera toujours abattu :

Les Arts, la Gloire, la Vertu, Nourriront sa rage inflexible.

APOLLON, aux Muscs.

Vous, entre sa caverne horrible Et ce temple où la Gloire appcllelesgrands cœurs, Chantez, filles des dieux, sur ce coteau paisible.

La gloire et les Muses sont sœurs.

(La caverne de l'Envie achève de disparaître. On voit les deux coteaux du Parnasse ; des berceaux ornés de guirlandes de fleurs sont à mi-côte, et le fond du théâtre est composé de trois arcades de verdure, à travers lesquelles on voit le temple de la Gloire dans le lointain.) APOLLON continue.

Pénétrez les humains de vos divines flammes; Charmez, instruisez l'univers ; Régnez, répandez dans les âmes La douceur de vos concerts.

Pénétrez les humains de vos divines flammes; Charmez, instruisez l'univers.

(Danse des Muses et des héros.) CHOEUR DES MUSES.

Nous calmons les alarmes, Nous chantons, nous donnons la paix ; Mais tous les cœurs ne sont pas faits Pour sentir le prix de nos charmes.

une MUSE.

Qu'à nos lois à jamais dociles, Dans nos champs nos tendres pasteurs, Toujours simples, toujours tranquilles, Ne cherchent point d'autres honneurs; Que quelquefois, loin des grandeurs, Les rois viennent dans nos asiles.

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