ADÉLAÏDE DU GUESGLIN, ACTE II, SCÈNE IV
NEMOURS, le regardant.
M'as-tu pu méconnaître ?
VENDÔME, l'embrassant.
Ah ! Nemours ! ah ! mon frère !
NEMOURS
Ce nom jadis si cher, ce nom me désespère. Je ne le suis que trop, ce frère infortuné, Ton ennemi vaincu, ton captif enchaîné.
Vendôme. [charmes!
Tu n'es plus que mon frère. Ah! moment plein de Ah ! laisse-moi laver ton sang avec mes larmes. (A sa suite.)
Avez-vous par vos soins...?
NEMOURS
Oui, leurs cruels secours Ont arrêté mon sang, ont veillé sur mes jours, De la mort que je cherche ont écarté l'approche.
VENDÔME
Ne te détourne point, ne crains point mon reproche. Mon cœur te fut connu; peux-tu t'en défier? Le bonheur de te voir me fait tout oublier. J'eusse aimé contre un autre à montrer mon courage. Hélas ! que je te plains !
NEMOURS
Je te plains davantage De haïr ton pays, de trahir sans remords Et le roi qui t'aimait et le sang dont tu sors.
VENDÔME
Arrête: épargne-moi l'infâme nom de traître; A cet indigne mot je m'oublierais peut-être. Frémis d'empoisonner la joie et les douceurs Que ce tendre moment doit verser dans nos cœurs. Dans ce jour malheureux, que l'amitié l'emporte.
NEMOURS
Quel jour!
VENDÔME
Je le bénis.
NEMOURS
Il est affreux.
N'importe!
Tu vis, je te revois, et je suis trop heureux. 0 ciel ! de tous côtés vous remplissez mes vœux !
NEMOURS
Je te crois. On disait que d'un amour extrême,
Violent, effréné (car c'est ainsi qu'on aime),
Ton cœur, depuis trois mois, s'occupait tout entier?
VENDÔME
J'aime: oui, la renommée a pu le publier; Oui, j'aime avec fureur. Une telle alliance Semblait pour mon bonheur attendre ta présence; Oui, mes ressentiments, mes droits, mes alliés, Gloire, amis, ennemis, je mets tout à ses pieds. (A un officier de sa suite.)
Allez, et dites-lui que [deux malheureux frères,
Jetés parle destin dans des partis contraires, Pour marcher désormais sous le même étendard, De ses yeux souverains n'attendent qu'un regard.
(A Nemours.) Ne blâme point l'amour où ton frère est en proie; Pour me justifier il suffit qu'on la voie.
NEMOURS
0 ciel ! . . . elle vous aime ! . . .
VENDÔME
Elle le doit, du moins; Il n'était qu'un obstacle au succès de mes soins: Il n'en est plus; je veux que rien ne nous sépare.
Quels effroyables coups le cruel me prépare! Écoute, à ma douleur ne veux-tu qu'insulter? Me connais-tu? sais-tu ce que j'ose attenter? Dans ces funestes lieux sais-tu ce qui m'amène?
VENDÔME
Oublions ces sujets de discorde et de haine.