‹ Théâtre completChapitre 226 sur 1720 · ADÉLAÏDE DU GUESGLIN, ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ADÉLAÏDE DU GUESGLIN, ACTE II, SCÈNE IV

NEMOURS, le regardant.

M'as-tu pu méconnaître ?

VENDÔME, l'embrassant.

Ah ! Nemours ! ah ! mon frère !

NEMOURS

Ce nom jadis si cher, ce nom me désespère. Je ne le suis que trop, ce frère infortuné, Ton ennemi vaincu, ton captif enchaîné.

Vendôme. [charmes!

Tu n'es plus que mon frère. Ah! moment plein de Ah ! laisse-moi laver ton sang avec mes larmes. (A sa suite.)

Avez-vous par vos soins...?

NEMOURS

Oui, leurs cruels secours Ont arrêté mon sang, ont veillé sur mes jours, De la mort que je cherche ont écarté l'approche.

VENDÔME

Ne te détourne point, ne crains point mon reproche. Mon cœur te fut connu; peux-tu t'en défier? Le bonheur de te voir me fait tout oublier. J'eusse aimé contre un autre à montrer mon courage. Hélas ! que je te plains !

NEMOURS

Je te plains davantage De haïr ton pays, de trahir sans remords Et le roi qui t'aimait et le sang dont tu sors.

VENDÔME

Arrête: épargne-moi l'infâme nom de traître; A cet indigne mot je m'oublierais peut-être. Frémis d'empoisonner la joie et les douceurs Que ce tendre moment doit verser dans nos cœurs. Dans ce jour malheureux, que l'amitié l'emporte.

NEMOURS

Quel jour!

VENDÔME

Je le bénis.

NEMOURS

Il est affreux.

N'importe!

Tu vis, je te revois, et je suis trop heureux. 0 ciel ! de tous côtés vous remplissez mes vœux !

NEMOURS

Je te crois. On disait que d'un amour extrême,

Violent, effréné (car c'est ainsi qu'on aime),

Ton cœur, depuis trois mois, s'occupait tout entier?

VENDÔME

J'aime: oui, la renommée a pu le publier; Oui, j'aime avec fureur. Une telle alliance Semblait pour mon bonheur attendre ta présence; Oui, mes ressentiments, mes droits, mes alliés, Gloire, amis, ennemis, je mets tout à ses pieds. (A un officier de sa suite.)

Allez, et dites-lui que [deux malheureux frères,

Jetés parle destin dans des partis contraires, Pour marcher désormais sous le même étendard, De ses yeux souverains n'attendent qu'un regard.

(A Nemours.) Ne blâme point l'amour où ton frère est en proie; Pour me justifier il suffit qu'on la voie.

NEMOURS

0 ciel ! . . . elle vous aime ! . . .

VENDÔME

Elle le doit, du moins; Il n'était qu'un obstacle au succès de mes soins: Il n'en est plus; je veux que rien ne nous sépare.

Quels effroyables coups le cruel me prépare! Écoute, à ma douleur ne veux-tu qu'insulter? Me connais-tu? sais-tu ce que j'ose attenter? Dans ces funestes lieux sais-tu ce qui m'amène?

VENDÔME

Oublions ces sujets de discorde et de haine.

Page 1