‹ Théâtre completChapitre 313 sur 1720 · ACTE III, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE VIII

Brutus, son. assassin!... ce monstre était son (ils.

ROMAINS

Ah! dieux!

ANTOINE

Je vois frémir vos généreux courages ; Amis, je vois les pleurs qui mouillent vos visages. Oui, Brutus est son fils; mais vous qui m'écoutez, Vous étiez ses enfants dans son cœur adoptés. Hélas! si vous saviez sa volonté dernière!

ROMAINS

Quelle est-elle? parlez.

Rome est son héritière, Ses trésors sont vos biens ; vous allez en jouir. Au delà du tombeau César veut vous servir. C'est vous seuls qu'il aimait ; c'est pour vous qu'en Il allait prodiguer sa fortune et sa vie. [Asie

« O Romains! disait-il, peuple-roi que je sers, Commandez à César, César à l'univers. » Brutus ou Cassius eût-il fait davantage?

ROMAINS

Ah ! nous les détestons. Ce doute nous outrage.

UN ROMAIN

César fut en effet le père de l'État.

ANTOINE

Votre père n'est plus : un lâche assassinat Vient de trancher ici les jours de ce grand homme. L'honneur de la nature et la gloire de Rome. Romains, priverez-vous des honneurs du bûcher Ce père, cet ami, qui vous était si cher? On l'apporte à vos yeux.

(Le fond du théâtre s'ouvre; des licteurs apportent le corps de César couvert d'une robe sanglante ; Antoine descend de la tribune} et se jette auprès du corps). ROMATNS.

O spectacle funeste!

ANTOINE

Du plus grand des Romains voilà ce qui vous reste: Voilà ce dieu vengeur, idolâtré par vous, Que ses assassins même adoraient à genoux ; Qui, toujours votre appui dans la paix, dans la

[guerre, l'ne heure auparavant faisait trembler la terre; Qui devait enchaîner Babylone à son char : Amis, en cet état connaissez-vous César? Vous le voyez, Romains, vous touchez ces blessures, Ce sang qu'ont sous vos yeux versé des mains par- Là Cimbj3r l'a frappé; là sur le grand César [jures. Cassius et Décime enfonçaient leur poignard. Là Brutus, éperdu, Brutus, l'âme égarée, A souillé dans ses flancs sa main dénaturée. César, le regardant d'un œil tranquille et doux, Lui pardonnait encore en tombant sous ses coups. Il l'appelait son fils, et ce nom cher et tendre Est le seul qu'en mourant César ait fait entendre. « O mon fils! » disait-il.

UN ROMAIN

O monstre que les dieux Devaient exterminer avant ce coup affreux!

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