‹ Théâtre completChapitre 316 sur 1720 · ALVAREZ, GUSMAN · texte numérisé non relu

ALVAREZ, GUSMAN

ALVAREZ

Du conseil de Madrid l'autorité suprême Pour successeur enfin me donne un fils que j'aime. Faites régner le prince et le Dieu que je sers Sur la riche moitié d'un nouvel univers : Gouvernez cette rive, en malheurs trop féconde, Qui produit les trésors et les crimes du monde. Je vous remets, mon fils, ces honneurs souverains Que la vieillesse arrache à mes débiles mains. J'ai consumé mon âge au sein de l'Amérique; Je montrai le premier au peuple du Mexique L'appareil inouï, pour ces mortels nouveaux, De nos châteaux ailés qui volaient sur les eaux. Des mers de Magellan jusqu'aux astres de l'Ourse, Les vainqueurs castillans ont dirigé ma course : Heureux, si j'avais pu, pour fruit de mes travaux, En mortels vertueux changer tous ces héros I Mais qui peut arrêter l'abus de la victoire? Leurs cruautés, mon fils, ont obscurci leur gloire, Et j'ai pleuré longtemps sur ces tristes vainqueurs Que le ciel fit si grands, sans les rendre meilleurs. Je touche au dernier pas de ma longue carrière, Et mes yeux sans regret quitteront la lumière, S'ils vous ont vu régpr sous d'équitables lois L'empire du Potoze et la ville des rois.

GUSMAN

J'ai conquis avec vous ce sauvage hémisphère; Dans ces climats brûlants j'ai vaincu sous mon père. Je dois de vous apprendre encore à gouverner,

Et recevoir vos lois plutôt que d'en donner.

ALVAREZ

Non, non, l'autorité ne veut point de partage. Consumé de travaux, appesanti par l'âge, Je suis las du pouvoir; c'est assez si ma voix Parle encore au conseil et règle vos exploits. Croyez-moi, les humains que j'ai trop su connaître, Méritent peu, mon fils, qu'on veuille être leur maître. Je consacre à mon Dieu, négligé trop longtemps, De ma caducité les restes languissants.

Je ne veux qu'une grâce, elle me sera chère; Je l'attends comme ami, je la demande en père. Mon fils, remettez-moi ces esclaves obscurs, Aujourd'hui par votre ordre arrêtés-dans nos murs. Songez que ce grand jour doit être un jour propice. Marqué par la clémence, et non par la justice.

gusman. [dez;

Quand vous priez un fils, seigneur, vous comman- Mais, daignez voir au moins ce que vous hasardez. D'une ville naissante, encor mal assurée, Au peuple américain nous défendons l'entrée : Empêchons, croyez-moi, que ce peuple orgueilleux Au fer qui l'a dompté n'accoutume ses yeux; Que, méprisant nos lois, et prompt à les enfreindre. Il ose contempler des maîtres qu'il doit craindre. Il faut toujours qu'il tremble, et n'apprenne à nous

[voir Qu'armés de la vengeance, ainsi que du pouvoir. L'Américain farouche est un monstre sauvage Qui mord en frémissant le frein de l'esclavage; Soumis au châtiment, fier dans l'impunité, De la main qui le flatte il se croit redouté. Tout pouvoir, en un mot, périt par l'indulgence. Et la sévérité produit l'obéissance. Je sais qu'aux Castillans il suffit de l'honneur, [deur : Qu'à servir sans murmure ils mettent leur gran-

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ALZIRE

Quoi ! du calice amer du a malheur si durable Faut-il hoire à lonôs traits la lie insupportable ?

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