ON AMÉRICAIN
J'ose ici te donner un conseil salutaire. Celui qui t'a sauvé, ce vieillard vertueux, Bientôt avec son fils va paraître à tes yeux. Aux portes de la ville obtiens qu'on nous conduise : Sortons, allons tenter notre illustre entreprise; Allons tout préparer contre nos ennemis, Et surtout n'épargnons qu'Alvarez et son fils. J'ai vu de ces remparts l'étrangère structure : Cet art nouveau pour nous, vainqueur de la nature, Ces angles, ces fossés, ces hardis boulevards, Ces tonnerres d'airain grondants sur les remparts, Ces pièges de la guerre où la mort se présente, Tout étonnants qu'ils sont, n'ont rien qui m'épou- Hélas ! nos citoyens, enchaînés en ces lieux, [vante. Servent à cimenter cet asile odieux; Ils dressent, d'une main dans les fers avilie, Ce siège de l'orgueil et de la tyrannie, [vengeurs, Mais, -crois-moi, dans l'instant qu'ils verront leurs Leurs mains vont se lever sur leurs persécuteurs; Eux-mèine ils détruiront cet effroyable ouvrage, Instrument de leur honte et de leur esclavage. Nos soldats, nos amis, dans ces fossés sanglants Vont te faire un chemin sur leurs corps expirants. Partons, et revenons sur ces coupables tètes Tourner ces traits de feu, ce fer et ces tempêtes, Ce salpêtre enflammé, qui d'abord à nos yeux Parut un feu sacré, lancé des mains des dieux. Connaissons, renversons cette horrible puissance Que l'orgueil trop longtemps fonda sur l'ignorance.
ZAMORE
Illustres malheureux, que j'aime à voir vos cœurs Embrasser mes desseins et sentir mes fureurs! Puissions-nous de Gusman punir la barbarie! Que son sang satisfasse au sang de ma patrie! Triste divinité des mortels offensés, [assez;
Vengeance, arme nos mains ; qu'il meure et c'est Qu'il meure... mais, hélas! plus malheureux que
[braves, Nous parlons de punir et nous sommes esclaves. De notre sort affreux le joug s'appesantit; Alvarez disparait, Montèze nous trahit, [j'abhorre; Ce que j'aime est peut-être en des mains que Je n'ai d'autre douceur que d'en douter encore. Mes amis, quels accents remplissent ce séjour?
Ces flambeaux allumés ont redoublé le jour. J'entends l'airain tonnant de ce peuple barbare; Quelle fête ou quel crime est-ce donc qu'il prépare? Voyons si de ces lieux on peut au moins sortir, Si je puis vous sauver ou s'il nous faut périr.