‹ Théâtre completChapitre 336 sur 1720 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ALZIRE, ÉMIRE, CÉi'HANE.

GÉFHANE.

Madame, un des captifs qui dans cette journée N'ont dû leur liberté qu'à ce grand hyménée A vos pieds en secret demande à se jeter.

ALZIRE

Ah! qu'avec assurance il peut se présenter! Sur lui, sur ses amis mon àme est attendrie : Ils sont chers à mes yeux, j'aime en eux la patrie. Mais quoi ! faut-il qu'un seul demande à me parler?

CÉPHANE.

Il a quelques secrets qu'il veut vous révéler. C'est ce même guerrier dont la main tutélaire De Gusman votre époux sauva, dit-on, le père.

ÉMIRE

Il vous cherchait, madame, et Montèze en ces lieux Par des ordres secrets le cachait à vos yeux. Dans un sombre chagrin son âme enveloppée [pée. Semblait d'un grand dessein profondément frap-

CÉPHANE.

On lisait sur son front le trouble et les douleurs. Il vous nommait, madame, et répandait des pleurs; Et l'on connaît assez, par ses plaintes secrètes, Qu'il ignore et le rang et l'éclat où vous êtes.

ALZIRE

Quel éclat, chère Émire! et quel indigne rang! Ce héros malheureux peut-être est de mon sang; De ma famille au moins il a vu la puissance; Peut-être de Zamore il avait connaissance. Qui sait si de sa perte il ne fut pas témoin? Il vient pour m'en parler : ah ! quel funeste soin ! Sa voix redoublera les tourments que j'endure; 11 va percer mon cœur et rouvrir ma blessure. Mais n'importe, qu'il vienne. Un mouvement con- S'empare malgré moi de mes sens éperdus, [fus Hélas! dans ce palais arrosé de mes larmes, Je n'ai point encore eu de moment sans alarmes.

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