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ALZIRE, ACTE III, SCÈNE VIL

(A Ahire.) Madame, votre cœur doit vous instruire assez A quel point en secret ici vous m'offensez ; Vous qui, sinon pour moi, du moins pour votre Deviez de cet esclave étouffer la mémoire; [gloire, Vous, dont les pleurs encore outragent votre époux; Vous, que j'aimais assez pour en être jaloux.

ALZIRE

(A Gusman.) (A Alvarez.) Cruel ! Et vous, seigneur, mon protecteur, mon

(A Zamore.) [père;

Toi, jadis mon espoir, en un temps plus prospère, Voyez le joug horrible où mon sort est lié, Et frémissez tous trois d'horreur et de pitié.

{En montrant Zamore.) Voici l'amant, l'époux que me choisit mon père, Avant que je connusse un nouvel hémisphère, Avant que de l'Europe on nous portât des fers. Le bruit de son trépas perdit cet univers : Je vis tomber l'empire où régnaient mes ancêtres; Tout changea sur la terre et je connus des maîtres. Mon père infortuné, plein d'ennuis et de jours, Au Dieu que vous servez eut à la fin recours : C'est ce Dieu des chrétiens que devant vous j'atteste. Ses autels sont témoins de mon hymen funeste : C'est aux pieds de ce Dieu qu'un horrible serment Me donne au meurtrier qui m'ôta mon amant. Je connais mal peut-être une loi si nouvelle ; Mais j'en crois ma vertu qui parle aussi haut qu'elle. Zamore, tu m'es cher, je t'aime, je le doi; Mais après mes serments je ne puis être à toi. Toi, Gusman, dont je suis l'épouse et la victime, Je ne suis point à toi, cruel, après ton crime. Qui des deux osera se venger aujourd'hui? Qui percera ce cœur que l'on arrache à lui? Toujours infortunée et toujours criminelle, Perfide envers Zamore, à Gusman infidèle, Qui me délivrera, par un trépas heureux, De la nécessité de vous trahir tous deux? Gusman, du sang des miens ta main déjà rougie, Frémira moins qu'une autre à m'arracher la vie. De l'hymen, de l'amour il faut venger les droits : Punis une coupable et sois juste une fois.

GUSMAN

Ainsi vous abusez d'un reste d'indulgence Que ma bonté trahie oppose à votre offense : Mais vous le demandez et je vais vous punir; Votre supplice est prêt, mon rival va périr. Holà, soldats.

ALZIRE

Cruel !

ALVAREZ

Mon fils, qu'allez-vous faire ?

Respectez ses bienfaits, respectez sa misère. Quel est l'état horrible, ô ciel ! où je me vois? L'un tient de moi la vie, à l'autre je la dois ! Ah! mes fils! de ce nom ressentez'la tendresse; D'un père infortuné regardez la vieillesse Et du moins...

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