‹ Théâtre completChapitre 353 sur 1720 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

MONTÈZE, ALZIRE.

ALZIRE

Ah! mon père!

MONTÈZE.

Ma fille, où nous as-tu réduits?

Voilà de ton amour les exécrables fruits. Hélas! nous demandions la grâce de Zamore; Alvarez avec moi daignait parler encore. Un soldat à l'instant se présente à nos yeux : C'était Zamore même, égaré, furieux; Par ce déguisement la vue était trompée. A peine entre ses mains j'aperçois une épée : Entrer, voler vers nous, s'élancer sur Gusman, L'attaquer, le frapper, n'est pour lui qu'un mo- Le sang de ton époux rejaillit sur ton père : [ment. Zamore, au même instant dépouillant sa colère, Tombe aux pieds d'Alvarez, et, tranquille et sou- Lui présentant ce fer teint du sang de son fils : [mis, a J'ai fait ce que j'ai dû, j'ai vengé mon injure; Fais ton devoir, dit-il, et venge la nature. » Alors il se prosterne, attendant le trépas. Le père tout sanglant se jette entre mes bras. Tout se réveille, on court, on s'avance, on s'écrie, On vole à ton époux, on rappelle sa vie; On arrête son sang, on presse le secours De cet art inventé pour conserver nos jours. Tout le peuple à grands cris demande ton supplice. Du meurtre de son maître il te croit la complice.

ALZIKE.

Vous pourriez!...

MONTÈZE.

Non, mon cœur ne t'en soupçonne pa-; Non, le tien n'est pas fait pour de tels attentats. Capable d'une erreur, il ne l'est point d'un crime ; Tes yeux s'étaient fermés sur le bord de l'abîme. Je le souhaite ainsi, je le crois; cependant Ton époux va mourir des coups de ton amant. On va te condamner; tu vas perdre la vie Dans l'horreur du supplice et dans l'ignominie, Et je retourne enfin, par un dernier effort, Demander au conseil et ta grâce et ma mort.

Ma grâce ! à mes tyrans? les prier ! vous, mon père?

Osez vivre et m'aimer, c'est ma seule prière.

Je plains Gusman; son sort a trop de cruauté,

Et je le plains surtout de l'avoir mérité.

Pour Zamore, il n'a fait que venger son outrage;

Je ne puis excuser ni blâmer son courage.

J'ai voulu le sauver, je ne m'en défends pas.

Il mourra.... Gardez-vous d'empêcher mon trépas.

MONTÈZE.

0 ciel! inspire-moi, j'implore ta clémence!

(Il sort.)

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