ALZIRE, ACTE V, SCENE V
Il vit pour achever le malheur deZamore; Il mourra tout couvert de ce sang que j'adore. Nous périrons ensemble à ses yeux expirants; Il va goûter encor le plaisir des tyrans. Alvarez doit ici prononcer de sa bouche L'abominable arrêt de ce conseil farouche. C'est moi qui t'ai perdue et tu péris pour moi.
ALZÏRE.
Va, je ne me plains plus; je mourrai près de toi. Tu m'aimes, c'est assez; bénis ma destinée, Bénis le coup affreux qui rompt mon hyménée. Songe que ce moment, où je vais chez les morts, Est le seul où mon cœur peut t'aimer sans remords. Libre par mon supplice, à moi-même rendue, Je dispose à la fin d'une foi qui t'est due. L'appareil de la mort, élevé pour nous deux, Est l'autel où mon cœur te rend ses premiers feux. C'est là que j'expierai le crime involontaire De l'infidélité que j'avais pu te faire. Ma plus grande amertume, en ce funeste sort, C'est d'entendre Alvarez prononcer notre mort.
Ah ! le voici ; les pleurs inondent son visage.
ALZIRE
Qui de nous trois, ô ciel! a reçu plus d'outrage? Et que d'infortunés le sort assemble ici!