‹ Théâtre completChapitre 415 sur 1720 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

MAHOMET, OMAR

MAHOMET

Toi, reste, brave Omar : il est temps que mon cœur De ses derniers replis t'ouvre la profondeur. D'un siège encor douteux la lenteur ordinaire Peut retarder ma course et borner ma carrière : Ne donnons point le temps aux mortels détrompés De rassurer leurs yeux de tant d'éclat frappés. Les préjugés, ami, sont les rois du vulgaire. Tu connais quel oracle et quel bruit populaire Ont promis l'univers à l'envoyé d'un Dieu, Qui, reçu dans la Mecque, et vainqueur en tout lieu Entrerail dans ces murs en écartant la guerre : Je viens mettre à profit les erreurs de la terre. Mais tandis que les miens, par de nouveaux efforts, De ce peuple inconstant font mouvoir les ressorts, De quel œil revois-tu Palmire avec Séide?

OMAR

Parmi tous ces enfants enlevés par Hercide, Qui, formés sous ton joug, et nourris dans ta loi, N'ont de Dieu que le tien, n'ont de père que toi, Aucun ne te servit avec moin* de scrupule, N'eut un cœur plus docile, un esprit plus crédule; De tous tes musulmans ce sont les plus soumis.

MAHOMET

Cher Omar, je n'ai point de plus grands ennemis. Ils s'aiment, c'est assez.

OMAR

Blàmes-tu leurs tendresses?

MAHOMET

Ah! connais mes fureurs et toutes mes faiblesses,

OMAR

Comment?

MAHOMET

Tu sais assez quel sentiment vainqueur Parmi mes passions règne au fond de mon cœur. Chargé du soin du monde, environné d'alarmes, Je porte l'encensoir, et le sceptre, et les armes : Ma vie est un combat, el ma frugalité Asservit la nature à mon austérité.

J'ai banni loin de moi cette liqueur traître--' • Qui nourrit des humains la brutale mollesse : Dans des sables brûlants, sur des rochers déserts, Je supporte avec toi l'inclémence des airs. L'amour seul me console; il est ma récompense, L'objet de mes travaux, l'idole que j'encense, Le Dieu de Mahomet; et cette passion Est égale aux fureurs de mon ambition.

Je préfère en secret Palmire à mes épouses. Conçois-tu bien l'excès de mes fureurs jalouses, Quand Palmire à mes pieds, par un aveu fatal, Insulte à Mahomet et lui donne un rival?

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