‹ Théâtre completChapitre 436 sur 1720 · LE -FANATISME, ACTE IV, SCENE IV · texte numérisé non relu

LE -FANATISME, ACTE IV, SCENE IV

PALMIRE

Tremblons d'examiner. Mahomet voit nos cœurs, Il entend nos soupirs, il observe mes pleurs. Chacun redoute en lui la Divinité môme, C'est tout ce que je sais ; le doute est un blasphème : Et le Dieu qu'il annonce avec tant de hauteur, Séide, est le vrai Dieu, puisqu'il le rend vainqueur.

SÉIDE

11 l'est, puisque Palmire et le croit et l'adore. Mais mon esprit confus ne conçoit point encore Comment ce Dieu si bon, ce père des humains, Pour un meurtre effroyable a réservé mes mains. Je ne le sais que trop, que mon doute est un crime, Qu'un prêtre sans remords égorge sa victime, Que par la voix du ciel Zopire est condamne, Qu'à soutenir ma loi j'étais prédestiné. Mahomet s'expliquait, il a fallu me taire ; Et, tout fier de servir la céleste colère, Sur l'ennemi de Dieu je portais le trépas : Un autre Dieu, peut-être, a retenu mon bras, Du moins, lorsque j'ai vu ce malheureux Zopire, De ma religion j'ai senti moins l'empire. Vainement mon devoir au meurtre m'appelait; A mon cœur éperdu l'humanité parlait. Mais avec quel courroux, avec quelle tendresse, Mahomet de mes sens accuse la faiblesse ! Avec quelle grandeur et quelle autorité Sa voix vient d'endurcir ma sensibilité! Que la religion est terrible et puissante! J'ai senti la fureur en mon cœur renaissante; Palmire, je suis faible, et du meurtre effrayé; De ces saintes fureurs je passe à la pitié; De sentiments confus une foule m'assiège : Je crains d'être barbare ou d'être sacrilège. Je ne me sens point fait pour être un assassin. Mais quoi ! Dieu me l'ordonne, et j'ai promis ma

main ; J'en verse encor des pleurs de douleur et de rage. Vous me voyez, Palmire, en proie à cet orage, Nageant dans le reflux des contrariétés, Qui pousse et qui retient mes faibles volontés. C'est à vous de fixer mes fureurs incertaines : Nos cœurs sont réunis par les plus fortes chaînes; Mais, sans ce sacrifice à mes mains imposé, Le nœud qui nous unit est à jamais brisé. Ce n'est qu'à ce seul prix que j'obtiendrai Palmire.

PALMIRE

Je suis le prix du sang du malheureux Zopire 1

IÉIDE.

Le ciel et Mahomet ainsi l'ont arrêté.

PALMIRE

L'amour est-il donc fait pour tant de cruauté?

SÉIDE

Ce n'est qu'au meurtrier que Mahomet te donne,

PALMIRE

Quelle effroyable dot!

SÊÎDËi

Mais si le ciel l'ordonne?

Si je sers et l'amour et la religion?

PALMIRE

Hélas!

SÉIDE

Vous connaissez la malédiction Qui punit à jamais la désobéissance.

PALMIRE

Si Dieu même en tes mains a remis sa \ engeance, S'il exige le sang que ta bouche a promis...

SÉIDE

Eh bien! pour être à toi que faut-il?

PALMIRE

Je frémis.

SÉIDE

Je t'entends; son arrêt est parti de ta bouche.

PALMIRE

Qui? moi?

SÉIDE

Tu l'as voulu.

PALMIRE

Dieu ! quel arrêt farouche !

Que t'ai-je dit?

Le ciel vient d'emprunter la voix :

C'est son dernier oracle et j'accomplis ses lois. Voici l'heure où Zopire à cet autel funeste Doit prier en secret des dieux que je déteste. Palmire, éloigne-toi.

PALMIRE

Je ne puis le quitter.

SÉIDE

Ne vois point l'attentat qui va s'exécuter : Ces moments sont affreux. Va, fuis; cette retraite Est voisine des lieux qu'habile le prophète! Va, dis-je.

PALMIRE

Ce vieillard va donc être immolé 1

SÉIDE

De ce grand sacrifice ainsi l'ordre est réglé : Il le faut de ma main traîner sur la poussière, De~ trois coups dans le sein lui ravir la lumière, Renverser dans son sang cet autel dispersé.

palmire. [glacé.

Lui, mourir par tes mains! tout mon sang s'est Le voici, juste ciel!...

(Le fond du théâtre s'ouvre, On voit un autel.)

Page 1