LE FANATISME, ACTE V, SCÈNE IV
Portez a os yeux hardis au faite de la gloire; De Séide et du reste étouffez la mémoire : Vos premiers sentiments doivent tous s'effacer A l'aspect des grandeurs où vous n'osiez penser. Il faut que votre cœur à mes bontés réponde, Et suive en tout mes lois lorsque j'en donne au mon-
palmire. [de.
Qu'enlends-je? quelles lois, ô ciel ! et quels bien- Imposteur teint de sang, que j'abjure à jamais, [faits! Bourreau de tous les miens, va, ce dernier outrage Manquait à ma misère et manquait à ta rage. Le voilà donc, grand Dieu! ce prophète sacré, Ce roi que je servis, ce dieu que j'adorai! Monstre, dont les fureurs et les complots perfides De deux cœurs innocents ont fait deux parricides ; De ma faible jeunesse infâme séducteur, Tout souillé de mon sang, tu prétends à mon cœur ? Mais tu n'as pas encore assuré ta conquête; Le voile est déchiré, la vengeance s'apprête. Entends-tu ces clameurs? entends-tu ces éclats? Mon père te poursuit des ombres du trépas. Le peuple se soulève; on s'arme en ma défense; Leurs bras vont à ta rage arracher l'innocence. Puissé-je de mes mains le déchirer le flanc, Voir mourir tous les tiens et nager dans leur sang ! Puissent la Mecque ensemble, et Médine et l'Asie, Punir tant de fureur et tant d'hypocrisie! Que le monde, par toi séduit et ravagé, Rougisse de ses fers, les brise et soit vengé! Que ta religion, qui fonda l'imposture, Soit l'éternel mépris de la race future! Que l'enfer, dont tes cris menaçaient tant de fois Quiconque osait douter de tes indignes lois; Que l'enfer, que ces lieux de douleur et de rage, Pour toi seul préparés, soient ton juste partage, Voilà les sentiments qu'on doit à tes bienfaits, L'hommage, les serments et les vœux que je fais !
mahomet. [être.
Je vois qu'on m'a trahi; mais, quoi qu'il en puisse Et qui que vous soyez, fléchissez sous un maître. Apprenez que mon cœur...