LE FANATISME, ACTE V, SCENE IV
El toi, Séide, aussi !
SÉIDE, entre les bras des siens.
Le ciel punit ton frère.
Mon crime était horrible autant qu'involontaire ; En vain la vertu même habitait dans mon cœur. Toi, tremble, scélérat! si Dieu punit l'erreur, Vois quel foudre il prépare aux artisans des crimes : Tremble; son bras s'essaye à frapper ses victimes. Détournez d'elle, ô Dieu! cette mort qui me suit!
PALMIRE
Non, peuple, ce n'est point un dieu qui le poursuit :
Non; le poison sans doute
MAHOMET, en l'interrompant, et s adressant ait peuple.
Apprenez, infidèles, A former contre moi des trames criminelles : Aux vengeances des deux reconnaissez mes droits. La nature et la mort ont entendu ma voix. La mort qui m'obéit, qui, prenant ma défense, Sur ce front pâlissant a tracé ma vengeance ; La mort est, à vos yeux, prête à fondre sur vous. Ainsi mes ennemis sentiront mon courroux ; Ainsi je punirai les erreurs insensées, Les révoltes du cœur et les moindres pensées. Si ce jour luit pour vous, ingrats, si vous vivez, Rendez grâce au pontife à qui vous le devez. Fuyez, courez au temple apaiser ma colère.
(Le peuple se retire.)
PALMIRE, revenant à elle.
Arrêtez. Le barbare empoisonna mon frère. Monstre, ainsi son trépas t'aura justifié! A force de forfaits tu t'es déifié.
Malheureux assassin de ma famille entière, Ote-moi de tes mains ce reste de lumière.
O frère ! ô triste objet d'un amour plein d'hor- Que je te suive au moins! [reurs!
{Elle se jette sur le poujnard de son frère , et s' en frappe.) MAHOMET.
Qu'on l'arrête !
Je meurs.
Je cesse de te voir, imposteur exécrable. Je me flatte, en mourant, qu'un Dieu plus équitable Réserve un avenir pour les cœurs innocents. Tu dois régner; le monde est fait pour les tyrans.
MAHOMET
Elle m'est enlevée... Ah ! trop chère victime ! Je me vois arracher le seul prix de mon crime. De ses jours pleins d'appas détestable ennemi, Vainqueur et tout-puissant, c'est moi qui suis puni. Il est donc des remords! ô fureur ! ô justice ! Mes forfaits dans mon cœur ont donc mis mon
[supplice !
Dieu, que j'ai fait servir au malheur des humains, Adorable instrument de mes affreux desseins, Toi que j'ai blasphémé, mais que je crains encore, Je me sens condamné, quand l'univers m'adore. Je brave en vain les traits dont je me sens frapper. J'ai trompé les mortels et ne puis me tromper. Père, enfants malheureux, immolés à ma rage, Vengez la terre et vous, et le ciel que j'outrage; Arrachez-moi ce jour et ce perfide cœur, Ce cœur né pour haïr, qui brûle avec fureur.
(A Omar.)
Et toi, de tant de honte étouffe la mémoire; Cache au moins ma faiblesse et sauve encor uni Je dois régir en Dieu l'univers prévenu : [gloire : Mon empire esl détruit si l'homme est reconnu.