MEROPE, ACTE II, SCENE V
ÉGISTHE
En ÉHde,
MÉROPE
Qu'en tends-je? en Élidel Ah! peut-être.., L'Élide... Répondez... Narbas vous esl connu? Le nom d'Égisthc au moins jusqu'à vous est venu? Quel était voire état, voire rang-, votre père?
ÉGISTHE
Mon pure est un vieillard accablé de misère; Polyelète est son nom; mais Égisthe, Narbas, Ceux dont vous me parlez, je ae les connais pas.
MÉROPE
0 dieux! vous vous jouez d'une trisle mortelle! J'avais de quelque espoir une faible étincelle : J'entrevoyais le jour, et mes yeux affligés Dans la profonde nuit sont déjà replongés. El quel rang- vos parents Liennent-ils dans la Grèce?
ÉGISTHE
Si Ja vertu suffit pour faire la noblesse, Ceux dont je tiens le jour, Polyelète, Sinis, Ne sont pas des mortels dignes de vos mépris: Leur sort les avilit; mais leur sage' constance Fait respecter en eux l'honorable indigence. Sous ses rustiques toits mon père vertueux • Fait le bien, suit les lois , et ne craint que les dieux. mérope. [mes.
Chaque mol qu'il me dit est plein de nouveaux char- Pourquoi donc le quitter? pourquoi causer seslar- Sans doute il est affreux d'être privé d'un fils, [mes?
ÉGISTHE
Un vain désir de gloire a séduit mes esprits. On me parlait souvent des troubles de Messène, Des malheurs dont le ciel avait frappé la reine, Surtout de ses vertus dignes d'un autre prix : Je me sentais ému par ces tristes récits. De l'Élide en secret dédaignant la mollesse, J'ai voulu dans la guerre exercer ma jeunesse. Servir sous vos drapeaux et vous offrir mon bras: Voilà le seul dessein qui conduisit mes pas. Ce faux instinct de gloire égara mon courage. A mes parents, flétris sous les rides de l'âge, J'ai de mes jeunes ans dérobé les secours: C'est ma première faute ; elle a troublé mes jours. Le ciel m'en a puni ; le ciel inexorable M'a conduit dans le piège et m'a rendu coupable.
MÉROPE
11 ne l'est point; j'en crois son ingénuité. Le mensonge n'a point cette simplicité.
Tendons à sa jeunesse une main bienfaisante ; C'est un infortuné que le ciel me présente : 11 suffit qu'il soit homme et qu'il soit malheureux. Mon fils peut éprouver un sort plus rigoureux. 11 me rappelle Égisthe : Égisthe est de son âge. Peut-être, comme lui, de rivage en rivage, Inconnu, fugitif, et partout rebuté, 11 souffre le mépris qui suit la pauvreté. L'opprobre avilit l'âme et flétrit le courage. Pour le sang de nos dieux quel horrible partage! Si du moins...
MÉROPE, ÉCISTHE, EIRYCLÉS, ISMÉNIE.
ISMÉNIE
Ah! madame, entendez-vous ces cris?
Savez-vous bien....
MÉROPE
Quel trouble alarme les esprits?
ISMÉNIE
Polyphonie l'emporte, et nos peuples volages X son ambition prodiguent leurs suffrages. Il est roi, cen est fait.
ÉGISTHE
J'avais cru que les dieux Auraient placé Mérope au rang de ses aïeux. Dieux! que plus on est grand, plus vos coups sont à
[craindre!
Errant, abandonné, je suis le moins à plaindre. Tout homme a ses malheurs.
(On emmène Égisthe.) EURYGLÈS, à Mérope.
Je vous l'avais prédit :
Vous avez trop bravé son offre et son crédit.
MÉROPE
Je vois toute l'horreur de l'abîme où nous sommes. J'ai mal connu les dieux, j'ai mal connu les hommes: J'en attendais justice; ils la refusent tous.
EURYGLÈS.
Permettez que du moins j'assemble autour de vous Ce peu de nos amis qui, dans un tel orage, Pourraient encor sauver les débris du naufrage, Et vous mettre à l'abri des nouveaux attentats D'un maître dangereux et d'un peuple d'ingrats.