M1TRANE
De ces chagrins mortels son esprit dégagé Souvent reprend sa force et sa splendeur première. J'y revois tous les traits de cette âme si fière, A (fui les plus grands rois, sur la terre adorés, Même par leurs flatteurs ne sont pas comparés. Mais lorsque, succombant au mal qui la déchire, Ses mains laissent flotter les rênes de l'empire, Alors le fier Assur, ce satrape insolent, Fait gémir le palais sous son joug accablant. Ce secret de l'État, cette honte du trône, N'ont point encor percé les murs de Babylone. Ailleurs on nous envie, ici nous gémissons.
arzace.
Pour les faibles humains quelles hautes leçons ! Que partout le bonheur est mêlé d'amertume! Qu'un trouble aussi cruel m'agite et me consume! Privé de ce mortel, dont les yeux éclairés Auraient conduit mes pas à la cour égarés, Accusant le destin qui m'a ravi mon père, En proie aux passions d'un âge téméraire, A mes vœux orgueilleux sans guide abandonné, De quels écueils nouveaux je marche environné !
MITRANE.
J'ai pleuré comme vous ce vieillard vénérable ;
Phradate m'était cher et sa perte m'accable :
Hélas! Ninus l'aimait; il lui donna son fils;
Ninias, notre espoir, à ses mains fut remis.
V\\ même jour ravit et le fils et le père ;
Il s'imposa dès lors un exil volontaire;
Mais enfin son exil a fait votre grandeur.
Élevé prés de lui dans les champs de l'honneur,
Vous avez à l'empire ajouté des provinces;
Et, placé par la gloire au rang des plus grands
Vous êtes devenu l'ouvrage de vos mains, [princes,
ARZACE.
Je ne sais en ces lieux quels seront mes destins. Aux plaines d'Arbezan quelques succès peut-être, Quelques travaux heureux m'ont assez fait con- Et quand Sémiramis, aux rives de l'Oxus, [naître; Vint imposer des lois à cent peuples vaincus, Elle laissa tomber de son char de victoire Sur mon front jeune encore un rayon de sa gloire ; Mais souvent dans les camps un soldat honoré Rampe à la cour des rois, et languit ignoré.
Mon père, en expirant, me dit que ma fortune Dépendait en ces lieux de la cause commune. 11 remit dans mes mains ces gages précieux, Qu'il conserva toujours loin des profanes yeux : Je dois les déposer dans les mains du grand-prêtre ; Lui seul doit en juger, lui seul doit les connaître;