SEMI R AMIS, ACTE I, SCÈNE IV
ARZACE.
Les voici.
(Les esclaves donnent le coffre aux mages, qui le posent
sur un autel.) OROÈS, ouvrant le coffre, et se penchant avec respect et avec douleur.
C'est donc vous que je touche, Restes chers et sacrés; je vous vois, et ma bouche Presse, avec des sanglots, ces tristes monuments Qui, m'arrachant des pleurs, attestent mes ser-
[ments!
Nous interdit l'accès de ce séjour de pleurs Habité par la mort et par des dieux vengeurs. Attendez avec moi le jour de la justice : Il est temps qu'il arrive et que tout s'accomplisse. Je n'en puis dire plus; des pervers éloigné, Je lève en paix mes mains vers le ciel indigné. Sur ce grand intérêt, qui peut-être vous touche, Ce ciel, quand il lui plaît, ouvre et ferme ma bouche. J'ai dit ce que j'ai dû; tremblez qu'en ces remparts Une parole, un geste, un seul de vos regards Ne trahisse un secret que mon dieu vous confie.
Que l'on nous laisse seuls; allez, et vous, Mitrane, Il y va de sa gloire et du sort de l'Asie^
De ce secret mystère écartez tout profane.
(Les mages se retirent.) Voici ce même sceau dont Ninus autrefois Transmit aux nations l'empreinte de ses lois : Je la vois, cette lettre à jamais effrayante, Que, prête à se glacer, traça sa main mourante. Adorez ce bandeau dont il fut couronné : A venger son trépas ce fer est destiné, Ce fer qui subjugua la Perse et la Médie, Inutile instrument contre la perfidie, Contre un poison trop sur, dont les mortels apprêt s. . .
ARZACE.
Ciel ! que m'apprenez-vous ?
OROÈS.
Ces horribles secrets Sont encor demeurés dans une nuit profonde. Du sein de ce sépulcre, inaccessible au monde, Les mânes de Ninus et les dieux outragés Ont élevé leurs voix et ne sont point vengés,
ARZACE.
Jugez de quelle horreur j'ai dû sentir l'atteinte ! Ici même, et du fond de cette auguste enceinte, D'affreux gémissements sont vers moi parvenus.
OROÈS.
Ces accents de la mort sont la voix de Ninus.
ARZACE.
Deux fois à mon oreille ils se sont fait entendre.
OROÈS.
Ils demandent vengeance.
Il a droit de l'attendre.
Mais de qui ?
OROÈS.
Les cruels, dont les coupables mains Du plus juste des rois ont privé les humains, Ont de leur trahison caché la trame impie; Dans la nuit de la tombe elle est ensevelie. Aisément des mortels ils ont séduit les yeux : Mais on ne peut tromper l'œil vigilant des dieux. Des plus obscurs complots il perce les abîmes.
ARZACE.
Ah ! si ma faible main pouvait punir ces crimes ! Je ne sais; mais l'aspect de ce fatal tombeau Dans mes sens étonnés porte un trouble nouveau. Ne puis-je y consulter ce roi qu'on y révère ?
OROÈS.
Non : le ciel le défend; un oracle sévère
Il y va de vos jours. Vous, mages, approchez; Que ce> chers monuments sous l'autel soient cachés. (La grande porte du palais s'ouvre et se remplit de gardes.
Assur paraît avec sa suite d'un autre côté.) Déjà le palais s'ouvre; on entre chez la reine. Vous voyez cet Assur, dont la grandeur hautaine Traîne ici sur ses pas un peuple de flatteurs. A qui, Dieu tout-puissant, donnez-vous les gran- 0 monstre ! [deurs?
ARZACE.
Quoi, seigneur !...
OROÈS.
Adieu. Quand la nuit sombre Sur ces coupables murs viendra jeter son ombre, Je pourrai vous parler en présence des dieux. Redoutez-les, Arzace, ils ont sur vous les yeux.