‹ Théâtre completChapitre 521 sur 1720 · SÉMIRAMIS, AZÉMA · texte numérisé non relu

SÉMIRAMIS, AZÉMA

AZÉMA

Madame, pardonnez si, sans être appelée, De mortelles frayeurs trop justement troublée,

Je viens avec transport embrasser vos genoux.

SÉMIRAMIS

Ah! princesse! parlez, que me demandez-vous?

AZÉMA

D'arracher un héros au coup qui le menace, De prévenir le crime et de sauver Arzace.

SÉMIRAMIS

Arzace? lui! quel crime?

AZÉMA

Il devient votre époux, Il me trahit; n'importe, il doit vivre pour vous.

SÉMIRAMIS

Lui, mon époux? grands dieux!

AZÉMA

Quoi! l'hymen qui vous lie...

SÉMIRAMIS

Cet hymen est affreux, abominable, impie. Arzace? il est... Parlez; je frissonne; achevez : Quels dangers?... hâtez-vous...

Madame, vous savez Que peut-être au moment que ma voix vous implosémiramis. [ré...

Eh bien?

AZÉMA

Ce demi-dieu, que je. redoute encore, D'un secret sacrifice en doit être honoré Au fond du labyrinthe à Ninus consacré. J'ignore quels forfaits il faut qu'Arzace expie.

SÉMIRAMIS

Quels forfaits, justes dieux !

AZÉMA

Cet Assur, cet impie, Va violer la tombe où nul n'est introduit.

SÉMIRAMIS

Qui ? lui !

AZÉMA

Dans les horreurs de la profonde nuit, Des souterrains secrets, où sa fureur habile A tout événement se creusait un asile, Ont servi les desseins de ce monstre odieux ; Il vient braver les morts, il vient braver les dieux. D'une main sacrilège, aux forfaits enhardie, Du généreux Arzace il va trancher la vie.

SÉMIRAMIS

0 ciel ! qui vous l'a dit ? comment ? par quel dé-

AZÉMA. ftOUr ?

Fiez-vous à mon cœur éclairé par l'amour.

J'ai vu du traître Assur la haine envenimée,

Sa faction tremblante et par lui ranimée,

Ses amis rassemblés, qu'a séduits sa fureur.

De ses desseins secrets j'ai démêlé l'horreur.

J'ai feint de réunir nos causes mutuelles ;

Je l'ai fait épier par des regards fidèles :

Il ne commet qu'à lui ce meurtre détesté ;

Il marche au sacrilège avec impunité.

Sûr que dans ce lieu saint nul n'osera paraître,

Que l'accès en est même interdit au grand-prêtre,

Il y vole, et le bruit par ses soins se répand

Qu'Arzace est la victime et que la mort l'attend; Que Ninus dans son sang doit laver son injure. On parle au peuple, aux grands, on s'assemble, on

[murmure.

Je crains Ninus, Assur, et le ciel en courroux.

SÉMIRAMIS

Eh bien ! chère Azéma, ce ciel parle par vous. Il me suffit. Je vois ce qui me reste à faire. On peut s'en reposer sur le cœur d'une mère. Ma fille, nos destins à la fois sont remplis ; Défendez votre époux, je vais sauver mon fils.

azéma.

Ciel!

SÉMIRAMIS

Prête à l'épouser, les dieux m'ont éclairée ; Ils inspirent encore une mère éplorée : [lieux ; Mais les moments sont chers. Laissez-moi dans ces Ordonnez en mon nom que les prêtres des dieux, Que les chefs de l'État viennent ici se rendre. (Azéma passe dans le vestibule du temple ; Sémiramis, de Vautre côté, s'avance vers le mausolée.) Ombre de mon époux ! je vais venger ta cendre. Voici l'instant fatal où ta voix m'a promis Que l'accès de ta tombe allait m'être permis : J'obéirai; mes mains qui guidaient des armées, Pour secourir mon fils, à ta voix sont armées. Venez, gardes du trône, accourez à ma voix; D'Arzace désormais reconnaissez les lois : Arzace est votre roi ; vous n'avez plus de reine. Je dépose en ses mains la grandeur souveraine: Soyez ses défenseurs ainsi que ses sujets. Allez.

(Les gardes se rangent au fond de la scène.) Dieux tout-puissants, secondez mes projets. {Elle entre dans le tombeau.)

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