SÉMIRAMIS, ACTE V, SCÈNE V
Fortifiez ce cœur au trouble abandonné, Encouragez ce bras prêt à venger un père.
AZÉMA
Gardez-vous de remplir cet affreux ministère.
NINIAS
Je dois un sacrifice, il le faut, j'obéis.
AZÉMA
Non, Ninus ne veut pas qu'on immole son fils,
NINIAS
Comment ?
AZÉMA
Vous n'irez point dans ce lieu redoutable ; Un traître y tend pour vous un piège inévitable.
NINIAS
Qui peut me retenir? et qui peut m'effrayer?
AZÉMA
C'est vous que dans la tombe on va sacrifier. Assur, l'indigne Assur a d'un pas sacrilège Violé du tombeau le divin privilège :
Il vous attend.
NINIAS
Grands dieux! tout est donc éclairci !
Mon cœur est rassuré, la victime est ici. Mon père, empoisonné par ce monstre perfide, Demande à haute voix le sang du parricide. Instruit par le grand prêtre et conduit par le ciel, Par Ninus même armé contre le criminel, Je n'aurai qu'à frapper la victime funeste Qu'amène à mon courroux la justice céleste. Je vois trop que ma main, dans ce fatal moment, D'un pouvoir invincible est l'aveugle instrument. Les dieux seuls ont tout fait, et mon âme étonnée S'abandonne à la voix qui fait ma destinée, [qués; Je vois que, malgré nous, tous nos pas sont mar- Je vois que des enfers ces mânes évoqués Sur le chemin du trône ont semé les miracles: J'obéis sans rien craindre et j'en crois les oracles.
azéma. [mir;
Tout ce qu'ont fait les dieux ne m'apprend qu'à fré- Ils ont aimé Ninus, ils l'ont laissé périr.
NINIAS
Ils le vengent enfin : étouffez ce murmure.
AZÉMA
Ils choisissent souvent une victime pure;
Le sang de l'innocence a coulé sous leurs coups.
NINIAS
Puisqu'ils nous ont unis, ils combattent pour nous. Ce sont eux qui parlaient par la voix de mon père. Ils me rendent un trône, une épouse, une mère; Et, couvert à vos yeux du sang du criminel, Ils vont de ce tombeau me conduire à l'autel. J'obéis, c'est assez, le ciel fera le reste.
Dieux ! veillez sur ses pas dans ce tombeau funeste. Que voulez-vous ? quel sang doit aujourd'hui couler ?
Impénétrables dieux, vous mo faites trembler. Je crains Assur, je crains cette main sanguinaire; Il peut percer le fils sur la cendre du père. Abîmes redoutés, dont ftinus est sorti, Dans vos antres profonds que ce monstre englouti Porte au sein des enfers la fureur qui le presse! Cieux, tonnez ! cieux, lancez la foudre verigeresse ! 0 son père! ô iNinus! quoi! tu n'as pas permis Qu'une épouse éplorée accompagnât ton fils! Ninus, combats pour lui dans ce lieu de ténèbres! IN'entends-jepas sa voix parmi des cris-funèbres? Dût ce sacré tombeau, profané par mes pas, Ouvrir pour me punir les gouffres du trépas, J'y descendrai; j'y vole.... Ah! quels coups de ton- Ont enflammé le ciel et font trembler la terre ! [nerre Je crains, j'espère.... Il vient.